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« J’aurai toujours peur de te voir t’en aller… »

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Avant même qu’elle ne vienne au monde, ma Sofia trouvait déjà le moyen de me faire peur : un soir, à quelques jours de son arrivée, j’ai passé plusieurs heures à  me demander si elle bougeait encore dans mon ventre.

Elle est née le soir du 11 décembre 2012. Ce soir-là, j’ai failli la perdre avant même de la voir…

Puis, les crises monstres ont commencé. À quatorze mois, une grave allergie au lait a été confirmée. Six mois plus tard, cinq allergies de plus se sont ajoutées. Trois mois plus tard, sept autres ont joint la liste.

Sofia a eu deux ans, il y a trois semaines. Elle a encore les même grosses joues et me semble encore si petite.

Je la prend encore dans mes bras pour descendre les marches, je l’habille encore de la tête aux pieds à tous les matins, je lui donne encore un biberon de lait chaud à tous les soirs, je la berce encore, au beau milieu de la nuit, lorsqu’elle fait un mauvais rêve.

Je ne sais pas si c’est son bas âge, ses allergies, ses joues ou simplement le fait que j’ai déjà passé si près de la perdre, mais j’ai l’impression que je ne pourrai jamais la laisser « voler de ses propres ailes ». Bien sûr, elle n’a que deux ans, mais il y a tellement d’étapes que je crains.

J’aurais envie de passer ma vie (ou la sienne) à tenir sa petite main dodue, afin de l’accompagner à tous les niveaux qu’elle atteindra. J’aimerais être là pour la protéger de tout, mais encore plus de tous.

Quand je m’arrête quelques instants pour y penser, je constate qu’elle est si forte, au fond. C’est moi, qui est faible. Elle s’est, à travers toutes les épreuves auxquelles elle a déjà fait face, créée une force de caractère incroyable malgré son âge et sa toute petite taille.

Elle est brillante, elle est forte, elle est drôle et remplie de vie. Elle est mon bébé, mais j’ai l’impression qu’elle le sera toujours.

Ça aussi, ça me fait peur…

Quand le mot routine prend un tout autre sens

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Une des citations les plus populaires de Van Gogh est :

« La normalité est une route asphaltée : confortable pour y marcher, mais aucune fleur ne peut y pousser. »

J’aime tellement cette citation, je la trouve vraie. Elle s’adapte parfaitement à toute situation.

Avant d’avoir des enfants, je l’aimais parce qu’elle représentait la liberté. Je voyais la routine comme un ennemi. Je me plaisais à sortir de l’ordinaire en visant toujours plus haut ou plus loin.

Mais, lorsque les enfants arrivent, ça change tout, même la signification de la citation de Van Gogh. Au début, c’est plus que difficile d’y croire. La routine devient effectivement notre pire ennemi : on a de la difficulté à apprécier les levers, les repas et les dodos, tous plus routiniers les uns que les autres. En regardant les autres parents, qui semblent apprécier ces moments, on se demande si un jour nous les apprécierons à notre tour.

Il y a toujours un élément déclencheur, un point tournant, alors qu’on se rend compte que cette normalité peut devenir une routine appréciée par les parents autant que par les enfants. C’est ce qui est bien des enfants, justement : ils voient toujours le positif dans chaque situation, un atout qu’on perd malheureusement trop souvent en vieillissant…

Cet élément déclencheur, ce peut être le retour au travail, l’arrivée d’un autre enfant, le développement du langage, le temps des fêtes… À partir de ce moment, on passe dans le clan des parents qui apprécient leur routine quotidienne avec leur(s) enfant(s). Par la suite, alors qu’on regarde en arrière, on se rend compte du chemin parcouru, on se rend compte que notre pire ennemi est devenu notre meilleur ami, que la routine mortelle est devenue celle qui nous fait vibrer, celle qui nous fait vivre, celle pour laquelle nous nous levons à chaque matin.

Savoir apprécier les petits moments normaux, ça s’apprend. C’est un apprentissage difficile et il faut savoir « piler sur notre orgueil » de parent. Puisque malgré la fatigue et la nouvelle vie qui s’entame, il faut savoir être à l’écoute de ceux qui bâtissent notre routine et voir, grâce à eux, le beau côté de la chose : les souvenirs créés.

Si on continue de voir cette routine comme une normalité dite « asphaltée », il n’y aura jamais rien qui y poussera, effectivement. C’est lorsque cette routine devient notre bonheur quotidien, que les fleurs commencent à y pousser…

Dany

 

Merci à Dany Samuel pour l’inspiration, ainsi que pour cette merveilleuse photo de son bonheur quotidien.

Au-dessus des nuages ou au-dessus de ses peurs

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J’ai toujours aimé prendre l’avion. J’ai toujours aimé le feeling qu’on a lorsque l’avion décolle, comme si on devenait aussi léger qu’une plume tout d’un coup. J’ai toujours aimé le son des hélices, le fait que dans les airs, nous sommes au-dessus de tout, même du temps. J’ai toujours aimé la vue qu’on a d’un avion, spécialement de nuit.

Montréal est une ville magnifique. Du haut des airs, c’est la plus belle au monde, juré. J’ai toujours aimé le son des freins qui crispent sur la piste d’atterrissage et le fait que je n’ai rien d’autre à faire que de remplir des pages blanches de mots qui hantent mes pensées.

J’ai toujours aimé prendre l’avion. Mon frère, mon meilleur ami, est pilote. Je connais le domaine et j’ai une confiance extrême en ces gens qui nous amènent où bon nous semble.

J’ai toujours aimé prendre l’avion… Jusqu’à aujourd’hui.

La vue est toujours aussi belle, nous sommes toujours aussi légers, j’ai encore confiance en la majorité des pilotes de ce monde. Ce qui change aujourd’hui, c’est que c’est mon premier vol en 5 ans. Il y a 5 ans, je décollais et je ne laissais rien derrière. Je volais au dessus des villes et des océans avec tout ce dont j’avais de besoin dans ma valise.

Aujourd’hui, je survole les nuages en laissant deux énormes parties de moi au sol. Ces parties dorment encore à cette heure. Elles sont emmitouflées dans leurs doudous, elles rêvent de Disney et de verres remplis de lait chaud. Elles n’ont aucune idée de ce qu’elles me font. Elles ne savent rien du fait que j’ai désormais peur de mourir. En fait, c’est faux. Je n’ai pas peur de mourir, on mourra tous un jour. J’ai peur de ne plus les voir. Ces deux parties, elles ont changé ma vie lors de leur entrée dans celle-ci. Elles n’en ont aucune idée. Je n’ai jamais eu peur de quoique ce soit, je n’ai jamais craint quoique ce soit… Jusqu’à ce qu’elles arrivent dans ma vie, jusqu’à ce qu’elles deviennent ma raison de vivre…

 

Victoria – 3 ans

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Ça y est, c’est aujourd’hui que tu quittes vraiment le monde des bébés pour entrer dans le monde des enfants. Ça a passé vite, non? Les 3 dernières années ont disparues en l’instant d’un clin d’œil, qui fait aujourd’hui couler des larmes sur mes joues. En fait, ces larmes coulent dès que je me mets à penser à toi. Si tu savais comme je suis fière de la personne que tu es. Tu es merveilleuse et tu deviens de plus en plus merveilleuse à chaque jour. En l’espace d’un clin d’œil, tu t’es mise à marcher, à parler, à sauter, à aller seule aux toilettes, à aimer, à découvrir par toi-même… 


Je suis fière de la personne dont je suis devenue grâce à toi. Si tu savais à quel point tu m’as changée pour le mieux. Quand je te vois me sauter au cou en arrivant le soir, quand tu t’obstines avec ta sœur à savoir je suis la maman exclusive à qui, quand je te serre contre moi avant le dodo et que tu me chuchote « I love you maman », je me dis que je dois faire un très bon travail de maman. 

Des fois, je ne trouve pas les mots pour exprimer ce que tu me fais, à quel point tu me changes, et jusqu’où j’irais pour toi. Marc Dupré l’exprime bien en disant « Comment je te dirais, sans que mes yeux s’inondent, que tu es le début depuis la fin du monde. »

Happy 3rd trip around the sun, ma grande fille.

Merci de m’avoir choisie comme maman, merci de me donner la meilleure des raisons de me lever à chaque matin : toi.

« Although a tear may be ever so near, that’s the time you must keep on trying. Smile, what’s the use of crying? You’ll find that life is still worthwhile if you just smile. »

-Charles Chaplin

14 décembre 2014

Ça va faire une semaine demain. Une semaine que je me suis levée avec un arrière goût de déjà vu, une semaine que je suis partie de la maison angoissée, en me disant que je serais peut-être mieux d’y rester… juste pour aujourd’hui. Ça fera une semaine demain que la vie, après multiples tentatives, m’a finalement remise sur la bonne voie et m’a finalement fait comprendre que je ne gagnerais pas à ce jeu de l’autruche. Ça aurait pu prendre 3 jours, ça aurait pu prendre 50 ans. Ça aura pris environ 17 ans. Je dis 17 ans parce que je crois avoir appris à lire et à écrire en même temps que la plupart des gens de ma génération ; soit 7 ans.

À 7 ans, je lisais tout, tout le temps. Les J’aime lire et les Chair de poule ont bercé mes dimanche pluvieux d’octobre et mes samedi trop froids de février. J’adorais m’évader dans des pages remplies de mots. J’aimais d’autant plus constater à quel point le temps passait plus vite lorsqu’on s’évadait dans un livre. Je devais avoir ça, 7 ou 8 ans, quand j’ai décidé que j’allais écrire des livres “plus tard”. Je ne lisais que des romans, ne connaissant rien d’autre, alors j’allais écrire des romans. L’année suivante, j’allais devenir scénariste : j’avais découvert le cinéma. À travers Le Parrain et Edouard aux mains d’argent, je vivais dans la magie du 7e art.

Au primaire, j’excellais particulièrement en français. J’étais imbattable lorsque ça venait à l’écriture ou la lecture. Ce sont les présentations orales qui me faisaient perdre des points, en fait. En secondaire 1, j’ai rencontré l’enseignant qui vint confirmer que ma vocation était d’écrire. M. Claude Ponton était passionné du français et transmettait sa passion à merveille. Il m’a fait lire mon premier gros livre, celui qui m’a probablement le plus marqué à ce jour d’ailleurs : Le prince de Central Park. En allant à NYC pour la première fois cet automne, je n’ai pu faire autrement que de penser à ce chef d’oeuvre lorsque j’ai franchis les limites de Central Park, presque 13 ans après avoir lu le livre.

Finalement, en secondaire 5, je savais que je devais me diriger en communications. J’ai par contre pris la voie anglophone en m’inscrivant à Dawson College. J’aimais toujours lire, j’aimais toujours écrire. Je me voyais écrire pour The Gazette.

J’ai dit que, à 7 ans, je trouvais que le temps passait merveilleusement vite lorsqu’on lisait? J’ai effectivement perdu le compte à un certain moment donné. Je me suis réveillée la semaine dernière. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne sais pas où il est allé, ce temps-là, mais il a passé en coup de vent. J’ai rencontré Christian Tétreault à quelque part, sur un de ces nuages. Je lui ai promis que j’écrirais. Il m’a dédicacé son livre en écrivant :

“Un jour, on se reverra dans deux rôles différents.”

Cette phrase-là, elle m’a rentrée dedans. Elle m’a chamboulée totalement. Mais, ce n’était pas assez, on dirait. J’ai continué à sauter de nuage en nuage, en écrivant par ci et par là, en lisant, en rêvant. Je suis déménagée sur la rive-nord, dans le fin fond d’un bois de St-Colomban, au début 2010. Je trouvais l’endroit idéal pour y écrire. Je cherchais un endroit de la sorte depuis des mois et j’y étais enfin. La neige était étincelante et ne me demandait que de m’assoir et d’écrire. Chose que je ne fis pas suffisamment. Lorsque j’ai mis au monde ma première réussite, une merveilleuse petite fille, je me suis dit que je pourrais profiter du congé de maternité pour écrire un peu plus. J’ai écrit. Mais, pas assez. Copier – coller pour le deuxième congé de maternité, qui s’est avéré être collé au premier. Puis, je suis retournée au travail rêvant encore, avant de m’endormir le soir, de vivre de mes mots.

J’ai perdu ce travail 6 mois seulement après mon retour. Je manquais beaucoup trop à cause des enfants qui étaient malades à chaque semaine. Sous le choc, j’ai pris 5 semaines à m’en remettre après lesquelles j’ai recommencé à écrire pour de bon. La semaine suivante, j’avais trouvé un emploi à temps plein. Plus de temps pour écrire… Je regrettais de laisser mes pages aussi blanches pour un emploi dont je n’avais pas du tout envie.

J’ai perdu cet emploi 4 mois seulement après l’avoir décroché. Le marché n’allait pas bien alors ils ont aboli mon poste. Je me suis alors dit que je ne chercherais plus, que j’écrirais à la place. Pour une fois, je me suis écoutée… presque. J’ai appliqué sur 1 seul emploi. Je l’ai eu. Quatre semaines après avoir perdu un deuxième emploi en 6 mois, j’en commençais un autre. L’enjeu était par contre différent cette fois : ça allait être mon dernier emploi dans ce domaine avant que je le quitte pour écrire à temps plein. Pendant les quatre semaines qui ont précédées mon nouvel emploi, j’ai finalement écrit autant que je devais le faire. J’ai finalement écrit un livre. Je croyais qu’il n’y avait rien comme finir de lire un livre ; je n’avais vraisemblablement jamais fini d’en écrire un. À ce moment-là, et je ne m’en rend compte qu’aujourd’hui seulement, je vivais une vie de rêve : mon couple filait le parfait bonheur, le soleil brillait à tous les jours, mes filles étaient heureuses et en pleine santé, je dormais mieux que jamais et j’écrivais tous les jours. La vie était belle.

J’ai pourtant commencé à travailler… Au bout d’un mois, je suis retombée dans le même bateau. Celui de la routine d’enfer avec deux jeunes enfants de 2 et 3 ans : la garderie, le ménage, les soupers, les dodos, les virus, le pédiatre, l’allergologue, les terrible two… Plus de temps pour écrire, plus de belle vie. L’argent rentrait, on avait un beau rythme de vie, mais on n’était pas bien comme on l’était avant…

En regardant Patrick Sénécal à Tout le monde en parle quelques semaines après avoir débuté mon nouveau travail, je me suis promis que ce travail serait le dernier avant que je vive de mes mots. Je me suis mise à rêver de le quitter un jour en annonçant à mon patron que je devais me consacrer à mes pages blanches et mes histoires. J’en ai vraiment rêvé.

La semaine dernière, j’ai perdu cet emploi. C’était le troisième en 10 mois et la raison m’est inconnue. Ce matin-là, avant de quitter pour le travail, j’ai regardé le feu brûler dans le foyer et mon chien dormir juste devant. Je me suis dit que je pourrais vraiment rester à la maison, juste pour cette journée-ci… À mon retour, à 17h15, le soir-même, j’ai compris que je ne repartirais plus de chez moi.

À quelque part dans ma vie, entre le secondaire 5 et la semaine dernière, j’ai décidé que je jouerais au plus fort avec la vie. J’ai décidé que je la défierais, que j’irais à l’encontre de ce vers quoi elle me destinait.

J’ai déclaré forfait la semaine dernière à 17h15.

T’as gagné, la vie : je vais rester chez moi et écrire.