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Corbeau

Place-des-Arts-86

Vous m’excuserez pour cette longue absence. Il y a maintenant trois grosses semaines, que j’essaie de mettre des mots sur mes émotions. Comme bien des choses : c’est souvent plus difficile que ça en a l’air.

J’imagine qu’on a tous notre façon de faire sortir nos émotions : certains courent quelques kilomètres, d’autres peignent. Moi, vous aurez compris, j’écris. Pour être en mesure d’écrire un texte qui me satisfait, j’ai besoin de musique. C’est essentiel.

Selon les émotions du moment, j’ai toujours une chanson qui vient se coller à ma peau, dans ma tête et sur mon coeur. Je me mets alors à écouter cette chanson en boucle jusqu’à épuisement de mon cerveau. La chanson, je n’ai jamais besoin de la chercher : c’est elle qui vient me trouver à chaque fois. Il y a trois semaines et des poussières, Corbeau, de Coeur de Pirate, est venue me trouver.

J’ai réalisé, dernièrement, la fragilité de la durée du bonheur. Je me suis rendue compte que dans l’équation du bonheur, ce ne sont pas les variables à l’intérieur de la parenthèse qui changent tout. Je parle là du travail, des relations, de la famille, de la vie sociale et autres. Ce qui change tout dans cette fameuse équation, ce qui fait en sorte que l’équation échoue beaucoup plus rapidement pour certains que pour d’autres, c’est la variable juste devant la parenthèse; celle qui représente le temps.

C’est facile de tout avoir pour être heureux. Ce qui est difficile, c’est de le rester.

Il y a des personnes (et chanceuses sont-elles), qui règlent le tout très tôt dans leur vie en mettant ceci devant la fameuse parenthèse : ∞ . Problem solved : ces gens sont, tout simplement, toujours heureux! D’autres passeront leur vie avec un gros X rouge parce qu’ils ne veulent rien savoir du bonheur.

La plupart d’entre nous auront besoin de réajuster la variable à plusieurs reprises. C’est tellement difficile de trouver celle qui convient à notre équation. Parce qu’on ne sait jamais si l’équation fonctionnera jusqu’à ce qu’elle échoue.

Je n’avais pas envie de vous écrire un texte lourd mais bon, me voici. C’est peut-être le fait que je n’ai jamais été douée en maths, c’est peut-être le fait que je n’ai vraisemblablement pas le bonheur facile… Ou peut-être ce bonheur est-il simplement trop fragile…

Bref, j’écoute encore Corbeau en boucle. Faut croire que je n’ai toujours pas trouvé ces fameux mots à mettre sur mes émotions. Je serai peut-être plus inspirée après les Oliviers.

 

Saku

Saku

Dans mes premiers souvenirs des Canadiens de Montréal, c’est Vincent Damphousse qui portait le C. Ceux qui me connaissent bien savent que Vincent Damphousse est mon idole. D’ailleurs, j’ai perdu mes moyens une seule fois dans ma vie : lorsque je l’ai rencontré.

J’ai adulé Damphousse et j’ai encore une très haute estime de lui à ce jour, 10 ans après sa retraite. Par contre, Damphousse, ce n’est pas Saku. Saku, c’est le capitaine d’une génération entière. Entendons-nous, mise à part monsieur Béliveau, il n’y a pas un capitaine à Montréal qui a tenu le coup aussi longtemps que Saku.

J’ai eu le privilège de le rencontrer à quelques reprises. J’adorais sa façon d’être si proche des gens, de se mettre au niveau de tous et de prendre son temps. Saku a rapidement compris l’importance du C sur un gilet du Canadien de Montréal. Il a rapidement compris que ce C allait le suivre sur la glace comme à l’extérieur, avec les joueurs comme avec les fans, au Centre Bell comme à l’épicerie.

Lorsque le CHC a annoncé qu’il honorerait l’ancien capitaine, j’étais comblée de joie à l’idée qu’on remette à Saku ce qui revient à Saku : la dignité.

Je me souviens de son retour après son combat contre le cancer, le soir du 9 avril 2002. Je m’en souviens comme si c’était hier : j’avais une toute petite télévision dans ma chambre. J’étais debout devant cette dernière et j’applaudissais, les yeux remplis d’eau. J’ai applaudi aussi longtemps que tout le monde puisque dans ma tête, j’étais là, avec tout le monde.

Je me souviens aussi très bien de ce match contre la Caroline, le soir du 26 avril 2006, alors qu’il a failli y laisser son oeil gauche : j’y étais. Du haut des gradins, je n’étais pas certaine que ce soit Saku. Une douche d’eau glaciale a inondé le Centre Bell, ce soir-là, lorsque le numéro 11 a quitté la patinoire pour se rendre à l’hôpital. Pour une seconde fois, le Québec en entier a eu peur de perdre son capitaine.

Je me souviens de son départ de Montréal. On venait d’en perdre un bon, on venait d’en perdre un vrai. C’est ce qu’il était, Saku : il était vrai. Je me suis dit, à ce moment-là, qu’on venait de le perdre, notre capitaine, et j’avais le coeur brisé… Ça a fait tellement mal.

Hier soir, en voyant une autre ovation digne de qui il est, j’ai compris qu’on ne l’avait jamais perdu au fond, notre capitaine. Il est encore capitaine dans le coeur de l’organisation du CHC, il est encore capitaine dans le coeur d’une génération entière, il est encore capitaine dans le coeur de ses coéquipiers. On ne le perdra jamais au fond, notre Kapitaine. 

Merci, Saku.