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Extrait – Victoria

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J’ai décidé de vous gâter un peu, ce soir. Je flotte sur un très, très gros nuage depuis quelques temps : mon livre sera publié dans exactement 21 jours! Ça fait environ 17 ans que je rêve de publier un livre. Vous comprendrez donc la raison de mon nuage! J’ai envie de vous embarquer avec moi, sur ce nuage, pendant quelques instants. Il reste 3 semaines avant que je puisse enfin tenir mon bébé entre mes mains. Je vais tout de même vous partager un extrait.

Sachez, tout d’abord, que le livre s’intitule Victoria. Il raconte l’histoire de mon aînée. Au cours des dernières années, j’ai compris que rien arrive pour rien dans une vie. Chaque détail a une raison d’être, chaque personne que l’on rencontre effectue un passage dans notre vie pour une raison précise. On a beau projeter sa vie d’une certaine façon, elle risque fort bien d’être totalement différente. Parfois, c’est pour le mieux. En ces temps-là, il suffit simplement de sourire et de dire « merci, la vie! ».

 

Ce que j’aime le plus des aéroports, c’est le moment où les portes principales s’ouvrent. J’adore recevoir une bouffée d’air frais de la ville dans laquelle j’arrive.

Mon vol Philadelphie – San Diego a eu beaucoup de retard. Je suis fatiguée, j’ai faim et j’ai hâte d’aller me coucher. Je descends au rez-de-chaussée de l’aéroport pour récupérer ma valise et je me dirige ensuite vers la sortie pour vivre mon moment préféré. J’aime déjà cette ville, seulement d’après son odeur. Des dizaines de palmiers entourent l’aire de stationnement des taxis. Ces arbres m’ont toujours fascinée et j’en vois pour la première fois. Je prends tout mon temps pour les admirer. La ville brille d’un bleu incroyable, on dirait que l’océan se reflète sur les immeubles au loin.

Je prends un taxi pour aller à l’hôtel, puis je termine la soirée par un petit repas de restauration rapide. Avant de me coucher, je prends le temps d’ouvrir ma fenêtre de chambre pour remplir mes poumons de l’air salé de San Diego, sachant très bien que de la neige tombe sur la ville de Montréal au même moment.

Le lendemain matin, je me réveille au son de la vie du sud de la Californie. Les trolleys, les autobus, les stations mobiles de café en plus du gros soleil étincelant et de la brise de l’océan forment, tous ensemble, le meilleur des réveille-matin que la vie puisse offrir. J’ai la journée devant moi et je me sens au paradis. J’ai beaucoup lu sur San Diego avant d’y arriver et s’il y a une place où je dois aller, c’est Coronado Island. Je me prends donc un café et un muffin au café, au coin de West Broadway et Columbia, puis je prends un taxi pour me rendre à Coronado.

Le Coronado Bridge est un des plus beaux ponts au monde. Il est très haut pour permettre aux paquebots de passer dessous. Il est bleu ciel et il offre une vue magnifique, autant sur San Diego que sur Coronado. En arrivant sur l’île, le chauffeur me demande où je veux aller exactement. Je n’en ai aucune idée, alors je lui demande de me laisser au Starbucks le plus près, qui est sur Orange Avenue, l’avenue principale de l’île.

Voilà, à bientôt!

D’un coup que…

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J’ai l’impression que l’année 2015 est un calendrier de l’Avent interminable : j’ai droit à une surprise à tous les jours!

Je suis consciente de ne pas avoir choisi le métier le plus accessible au monde. J’ai donc commencé dernièrement à me chercher un emploi qui saurait me changer les idées jusqu’à ce que je puisse finalement vivre de mes mots.

Lundi matin, à 9h33, j’ai reçu un courriel et j’espérais tellement que ce soit une offre d’emploi. Mes jambes sont rapidement devenues molles lorsque j’ai remarqué que le courriel provenait d’une maison d’édition. J’ai pris le temps de m’assoir pour lire ce qui pouvait être soit un deuxième refus (ça en prend!), soit une acceptation.

Jusque là, je me demandais régulièrement ce qui allait arriver si mon manuscrit était refusé dans les huit maisons d’édition auxquelles je l’avais envoyé. Je ne voulais pas envisager de le modifier, puisque je le trouvais parfait comme il était. Je ne voulais pas non plus commencer à écrire un deuxième livre avant d’avoir eu des commentaires d’éditeurs pour celui-ci. J’avais aussi la possibilité de le renvoyer à plusieurs autres maisons d’édition jusqu’à ce que je trouve celle qui me ferait confiance et qui croirait en moi.

Puis, comme je suis très souvent inspirée par des citations, j’ai pensé à celle-ci d’Erin Hanson :

Qu’arrivera-t-il si je tombe?

Oh, ma chère, qu’arrivera-t-il si tu voles?

Lundi matin, à 9h33, après avoir lu le courriel de l’éditeur, je me suis mise à voler.

Je vous le dis, je viens tout juste d’atterrir. L’avenir est prometteur.

14 décembre 2014

Ça va faire une semaine demain. Une semaine que je me suis levée avec un arrière goût de déjà vu, une semaine que je suis partie de la maison angoissée, en me disant que je serais peut-être mieux d’y rester… juste pour aujourd’hui. Ça fera une semaine demain que la vie, après multiples tentatives, m’a finalement remise sur la bonne voie et m’a finalement fait comprendre que je ne gagnerais pas à ce jeu de l’autruche. Ça aurait pu prendre 3 jours, ça aurait pu prendre 50 ans. Ça aura pris environ 17 ans. Je dis 17 ans parce que je crois avoir appris à lire et à écrire en même temps que la plupart des gens de ma génération ; soit 7 ans.

À 7 ans, je lisais tout, tout le temps. Les J’aime lire et les Chair de poule ont bercé mes dimanche pluvieux d’octobre et mes samedi trop froids de février. J’adorais m’évader dans des pages remplies de mots. J’aimais d’autant plus constater à quel point le temps passait plus vite lorsqu’on s’évadait dans un livre. Je devais avoir ça, 7 ou 8 ans, quand j’ai décidé que j’allais écrire des livres “plus tard”. Je ne lisais que des romans, ne connaissant rien d’autre, alors j’allais écrire des romans. L’année suivante, j’allais devenir scénariste : j’avais découvert le cinéma. À travers Le Parrain et Edouard aux mains d’argent, je vivais dans la magie du 7e art.

Au primaire, j’excellais particulièrement en français. J’étais imbattable lorsque ça venait à l’écriture ou la lecture. Ce sont les présentations orales qui me faisaient perdre des points, en fait. En secondaire 1, j’ai rencontré l’enseignant qui vint confirmer que ma vocation était d’écrire. M. Claude Ponton était passionné du français et transmettait sa passion à merveille. Il m’a fait lire mon premier gros livre, celui qui m’a probablement le plus marqué à ce jour d’ailleurs : Le prince de Central Park. En allant à NYC pour la première fois cet automne, je n’ai pu faire autrement que de penser à ce chef d’oeuvre lorsque j’ai franchis les limites de Central Park, presque 13 ans après avoir lu le livre.

Finalement, en secondaire 5, je savais que je devais me diriger en communications. J’ai par contre pris la voie anglophone en m’inscrivant à Dawson College. J’aimais toujours lire, j’aimais toujours écrire. Je me voyais écrire pour The Gazette.

J’ai dit que, à 7 ans, je trouvais que le temps passait merveilleusement vite lorsqu’on lisait? J’ai effectivement perdu le compte à un certain moment donné. Je me suis réveillée la semaine dernière. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne sais pas où il est allé, ce temps-là, mais il a passé en coup de vent. J’ai rencontré Christian Tétreault à quelque part, sur un de ces nuages. Je lui ai promis que j’écrirais. Il m’a dédicacé son livre en écrivant :

“Un jour, on se reverra dans deux rôles différents.”

Cette phrase-là, elle m’a rentrée dedans. Elle m’a chamboulée totalement. Mais, ce n’était pas assez, on dirait. J’ai continué à sauter de nuage en nuage, en écrivant par ci et par là, en lisant, en rêvant. Je suis déménagée sur la rive-nord, dans le fin fond d’un bois de St-Colomban, au début 2010. Je trouvais l’endroit idéal pour y écrire. Je cherchais un endroit de la sorte depuis des mois et j’y étais enfin. La neige était étincelante et ne me demandait que de m’assoir et d’écrire. Chose que je ne fis pas suffisamment. Lorsque j’ai mis au monde ma première réussite, une merveilleuse petite fille, je me suis dit que je pourrais profiter du congé de maternité pour écrire un peu plus. J’ai écrit. Mais, pas assez. Copier – coller pour le deuxième congé de maternité, qui s’est avéré être collé au premier. Puis, je suis retournée au travail rêvant encore, avant de m’endormir le soir, de vivre de mes mots.

J’ai perdu ce travail 6 mois seulement après mon retour. Je manquais beaucoup trop à cause des enfants qui étaient malades à chaque semaine. Sous le choc, j’ai pris 5 semaines à m’en remettre après lesquelles j’ai recommencé à écrire pour de bon. La semaine suivante, j’avais trouvé un emploi à temps plein. Plus de temps pour écrire… Je regrettais de laisser mes pages aussi blanches pour un emploi dont je n’avais pas du tout envie.

J’ai perdu cet emploi 4 mois seulement après l’avoir décroché. Le marché n’allait pas bien alors ils ont aboli mon poste. Je me suis alors dit que je ne chercherais plus, que j’écrirais à la place. Pour une fois, je me suis écoutée… presque. J’ai appliqué sur 1 seul emploi. Je l’ai eu. Quatre semaines après avoir perdu un deuxième emploi en 6 mois, j’en commençais un autre. L’enjeu était par contre différent cette fois : ça allait être mon dernier emploi dans ce domaine avant que je le quitte pour écrire à temps plein. Pendant les quatre semaines qui ont précédées mon nouvel emploi, j’ai finalement écrit autant que je devais le faire. J’ai finalement écrit un livre. Je croyais qu’il n’y avait rien comme finir de lire un livre ; je n’avais vraisemblablement jamais fini d’en écrire un. À ce moment-là, et je ne m’en rend compte qu’aujourd’hui seulement, je vivais une vie de rêve : mon couple filait le parfait bonheur, le soleil brillait à tous les jours, mes filles étaient heureuses et en pleine santé, je dormais mieux que jamais et j’écrivais tous les jours. La vie était belle.

J’ai pourtant commencé à travailler… Au bout d’un mois, je suis retombée dans le même bateau. Celui de la routine d’enfer avec deux jeunes enfants de 2 et 3 ans : la garderie, le ménage, les soupers, les dodos, les virus, le pédiatre, l’allergologue, les terrible two… Plus de temps pour écrire, plus de belle vie. L’argent rentrait, on avait un beau rythme de vie, mais on n’était pas bien comme on l’était avant…

En regardant Patrick Sénécal à Tout le monde en parle quelques semaines après avoir débuté mon nouveau travail, je me suis promis que ce travail serait le dernier avant que je vive de mes mots. Je me suis mise à rêver de le quitter un jour en annonçant à mon patron que je devais me consacrer à mes pages blanches et mes histoires. J’en ai vraiment rêvé.

La semaine dernière, j’ai perdu cet emploi. C’était le troisième en 10 mois et la raison m’est inconnue. Ce matin-là, avant de quitter pour le travail, j’ai regardé le feu brûler dans le foyer et mon chien dormir juste devant. Je me suis dit que je pourrais vraiment rester à la maison, juste pour cette journée-ci… À mon retour, à 17h15, le soir-même, j’ai compris que je ne repartirais plus de chez moi.

À quelque part dans ma vie, entre le secondaire 5 et la semaine dernière, j’ai décidé que je jouerais au plus fort avec la vie. J’ai décidé que je la défierais, que j’irais à l’encontre de ce vers quoi elle me destinait.

J’ai déclaré forfait la semaine dernière à 17h15.

T’as gagné, la vie : je vais rester chez moi et écrire.