Archives par mot-clé : famille

24 heures dans ma vie

IMG_1245

En mars 2012, un magazine québécois avait lancé un concours d’écriture, qui s’intitulait 24 heures dans ma vie. Il fallait, en moins de 500 mots, raconter notre journée en tant que maman ou papa. Victoria allait avoir cinq mois et Sofia était une mini pois dans mon ventre.

Un soir, alors que je n’arrivais pas à dormir, je me suis mise à écrire. À 21h11, j’ai envoyé mon texte au magazine en question. Douze heures plus tard, la rédactrice en chef m’écrivait pour me dire que mon texte avait été choisi. J’ai donc eu envie de vous le partager :

Comment je fais?

Il y a des matins où le réveil est plus difficile. Aujourd’hui, il l’est. Dans ces instants-là, je me demande comment elle fait, du haut de ses vingt cinq pouces, pour me tirer du lit avec ses gazouillis à une heure si matinale. Encore dans les brumes, je me rends à son lit pour la découvrir dessus-dessous à l’extrémité de la bassinette, me regardant avec un énorme sourire, le même que font les gens qui gagnent à la loto. Puis, elle éclate de rire sans aucune raison apparente et se met à pédaler. C’est comme ça qu’elle fait. C’est comme ça et pour ça que je me lève à tous les matins.
En zappant entre Salut Bonjour, The Mom Show et Le chat dans le chapeau, je prépare notre journée qui est autant sinon plus pleine que celle d’hier. Du lait, des céréales, des couches pleines (très pleines), des régurgits, des rots et il est l’heure de partir. Je lui enfile son maillot de bain sous un pantalon et un chandail sur lequel on peut lire “Sweetie”. On doit tout d’abord aller au cours “bébé d’eau” où elle y apprend à submerger sa tête sans crainte. Aussitôt sortie, une infirmière nous attend déjà au CLSC pour un vaccin. Une chasse au stationnement, une feuille bleue à remplir, des pleurs déchirants et hop! Quelques gouttes deTempra feront l’affaire! Comme pour les autres vaccins, elle semble K.O. J’en profite donc pour aller faire des courses puisque le dossier “souper de ce soir” n’est toujours pas réglé.
Après avoir parcouru la ville au grand complet, direction maison pour diner. Elle ne semble pas se tanner d’avoir le même menu à chaque repas! Pour moi, à voir la vaisselle sale qui traine, le plancher caché sous la saleté, les jouets éparpillés partout et l’heure qui file à toute allure, ce sera un sandwich sur le pouce!

À peine l’éléphant aux oreilles bruyantes rangé, papa rentre déjà du travail. Un calcul mathématique inné s’effectue alors dans ma tête: À quelle heure dois-je commencer à préparer le souper si je veux avoir le temps de manger tranquillement, ranger les restants, préparer les lunchs, préparer la routine, remplir le bain, donner le biberon et coucher la petite? Surprenamment, à chaque soir, ce calcul fait en sorte que tout entre dans l’ordre.
Enfin le bébé couché, j’ai droit à une bonne douche d’eau chaude. Même si mon lit est tentant par après, je dois finir un travail d’université. Je ne serai pas couchée avant 23h au moins. En prenant mes livres, je passe par la chambre safari dans laquelle une petite lionne y est endormie. Je la contemple quelques instants, je la photographie du regard. C’est cette image qui fera la différence.
Lorsque je me demanderai comment je fais, lorsque les journées se rempliront de plus en plus, lorsque je trouverai les matins trop tôt, je penserai à cette image, je penserai à elle.
C’est pour elle que je le fais.

Dommages collatéraux

IMG_9231

Ça fera deux semaines demain que Sofia s’est rendue à l’hôpital en ambulance à cause de sa réaction allergique. Ça a pris deux jours, puis on en est revenus. La principale concernée ne s’en rappelle probablement même pas. Pour notre part, on a simplement quadruplé de vigilance, même si on doublait déjà de vigilance depuis des mois.

Tout le monde semble s’en être bien remis. Tout le monde, sauf une toute petite personne : la soeur de Sofia. Il faut comprendre ici que Sofia est quelqu’un de très, très indépendant. Elle aime être seule et faire ses trucs sans être dérangée.Victoria, de son côté, est très émotive et a besoin de gens alentour d’elle. De toutes les personnes dont elle a le plus besoin, sa maman (moi-même, en fait!) arrive au-dessus du premier rang.

Victoria a toujours été très, très dépendante de moi. Quand elle avait six mois, on me disait que ça passerait lorsqu’elle marcherait, puis on m’a dit que ça passerait à l’arriver de sa soeur, puis lorsqu’elle parlerait plus, puis lorsqu’elle se ferait des amis… Finalement, ça fait trois ans qu’elle est constamment après moi. Ça ne me dérange pas, j’aime ça. J’aime beaucoup profiter de mes petits moments avec elle.

Même avec les particularités de Sofia, Victoria n’avait jamais été mise de côté, jamais. Elle nous a toujours accompagnées, Sofia et moi, chez l’allergologue et chez le médecin.

Par contre, il y a deux semaines, lorsqu’elle s’est réveillée après sa sieste d’après-midi, ma petite reine a rapidement remarqué l’absence de sa soeur. L’ange Hélène a su la rassurer. Puis, papa est allé la chercher pour la ramener à la maison et là, elle s’est vraiment demandée ce qui se passait. Bien sûr, sur le coup, ça allait. Elle était contente de venir chercher maman et Sofia à l’hôpital avec papa, plus tard en soirée, et elle était très heureuse de rester à la maison le lendemain pour jouer tranquillement avec sa soeur et son chien. C’est depuis la fin de la semaine passée qu’elle semble plus anxieuse.

Elle a de la difficulté à s’endormir l’après-midi et le soir. Elle se met en colère monstre pour des choses très, très banales. Elle s’agrippe après ma jambe lorsque je marche et me donne ainsi l’impression de traîner un boulet. Elle me l’a dit : elle a peur que je parte avec Sofia et que je la laisse seule.

J’ai toujours craint le moment où je devrais donner plus d’attention à Sofia qu’à Victoria, puisque je connais très bien leur caractère. Ça me brise vraiment le coeur. J’aimerais pouvoir me séparer en deux parties bien égales et leur donner chacune 100% de ces deux parties…

I know that you will have to fall, I can’t hide you from it all but, take the best of what I’ve got and you know, no matter what, before you walk away, you know you can run back to my arms and they will hold you down.

::. Run – P!nk

Quand le mot routine prend un tout autre sens

3e5ff9c831b3c0218fa45605dea57de4

Une des citations les plus populaires de Van Gogh est :

« La normalité est une route asphaltée : confortable pour y marcher, mais aucune fleur ne peut y pousser. »

J’aime tellement cette citation, je la trouve vraie. Elle s’adapte parfaitement à toute situation.

Avant d’avoir des enfants, je l’aimais parce qu’elle représentait la liberté. Je voyais la routine comme un ennemi. Je me plaisais à sortir de l’ordinaire en visant toujours plus haut ou plus loin.

Mais, lorsque les enfants arrivent, ça change tout, même la signification de la citation de Van Gogh. Au début, c’est plus que difficile d’y croire. La routine devient effectivement notre pire ennemi : on a de la difficulté à apprécier les levers, les repas et les dodos, tous plus routiniers les uns que les autres. En regardant les autres parents, qui semblent apprécier ces moments, on se demande si un jour nous les apprécierons à notre tour.

Il y a toujours un élément déclencheur, un point tournant, alors qu’on se rend compte que cette normalité peut devenir une routine appréciée par les parents autant que par les enfants. C’est ce qui est bien des enfants, justement : ils voient toujours le positif dans chaque situation, un atout qu’on perd malheureusement trop souvent en vieillissant…

Cet élément déclencheur, ce peut être le retour au travail, l’arrivée d’un autre enfant, le développement du langage, le temps des fêtes… À partir de ce moment, on passe dans le clan des parents qui apprécient leur routine quotidienne avec leur(s) enfant(s). Par la suite, alors qu’on regarde en arrière, on se rend compte du chemin parcouru, on se rend compte que notre pire ennemi est devenu notre meilleur ami, que la routine mortelle est devenue celle qui nous fait vibrer, celle qui nous fait vivre, celle pour laquelle nous nous levons à chaque matin.

Savoir apprécier les petits moments normaux, ça s’apprend. C’est un apprentissage difficile et il faut savoir « piler sur notre orgueil » de parent. Puisque malgré la fatigue et la nouvelle vie qui s’entame, il faut savoir être à l’écoute de ceux qui bâtissent notre routine et voir, grâce à eux, le beau côté de la chose : les souvenirs créés.

Si on continue de voir cette routine comme une normalité dite « asphaltée », il n’y aura jamais rien qui y poussera, effectivement. C’est lorsque cette routine devient notre bonheur quotidien, que les fleurs commencent à y pousser…

Dany

 

Merci à Dany Samuel pour l’inspiration, ainsi que pour cette merveilleuse photo de son bonheur quotidien.

La valeur d’une fête

3c76cc38d4c8debf9d14e44f1a663339

Peut-être que Noël ne vient pas d’un magasin. Peut-être qu’au fond, Noël vient d’un peu plus loin!

Une des choses que j’aime le plus du Québec est certainement le fait que nous fêtons Noël pendant une semaine entière… Puis, le jour de l’an, pendant la semaine entière suivant celle de Noël.

J’adopte à 100% l’idée de voir tous les gens que nous aimons durant ces deux grosses semaines. Cuisiner en se prenant pour Ricardo d’un jour et décorer en se prenant pour Martha Stewart : donner tout ce qu’on a pour se faire plaisir tout en faisant plaisir à notre entourage. J’aime profondément le principe de passer des heures à une table pour échanger (de la nourriture, des conversations ou des cadeaux parfois) avec des gens dont on s’est ennuyés.

Maintenant que mes filles sont plus vieilles (du haut de leur terrible two et de leur totally three), je peux enfin leur faire vivre à leur tour la magie du temps des fêtes. En traçant des pas dans le salon à l’aide de grosses bottes et de farine, je leur fais croire que le père Noël a laissé de la neige sur son passage. En leur faisant quelques tours coquins, je leur fais croire qu’un lutin malin s’est échappé du Pôle Nord pour venir chez nous. En élaborant un calendrier de l’Avent de 24 activités liées à Noël, je les rends fébriles à l’idée du magnifique temps des fêtes.

Je leur en ai certainement appris un peu cette année. Mais, comme à chaque étape de la vie, ce sont elles qui ont fini par m’en apprendre le plus… Contrairement aux années précédentes, cette année, nous n’avons pas souffert de la fièvre de la surconsommation qu’apporte souvent le temps des fêtes. Les bas de Noël de mes princesses étaient vides à deux jours de l’arrivée de Santa Claus, je les ai donc remplis avec des jouets qu’elles avaient déjà. Mon bébé, ayant une certaine dépendance aux bananes, a eu droit à un régime de bananes enveloppé, alors que ma grande, à la dent sucrée, a eu droit à quelques biscuits aussi enveloppés.

Au cours des derniers jours, mes lionceaux ont d’autant plus eu droit à de beaux moments en famille.

C’est en couchant ma grande, plus tôt ce soir, que j’ai réellement compris le sens de Noël… Puisqu’au fond, pour bien des gens, la priorité, durant le temps des fêtes, c’est d’acheter du temps perdu avec des trucs qui tomberont dans l’oublie. Pour d’autres, c’est  d’échanger leur absence contre une quelconque bien matériel.

Depuis qu’elles ont déballé leurs cadeaux, le 25 au matin, mes filles ne m’en ont pratiquement pas parlé. Elles ont passé leur temps à me parler de leur parrain, leurs grands-parents, leur marraine, leur cousine et leur cousin… Elles n’ont pas arrêté, pas une minute.

Avant de s’endormir  aujourd’hui, Victoria m’a demandé si elle reverrait sa cousine demain matin aussi, si elle allait pouvoir regarder Frozen avec elle pour la 12 000è fois, si elle allait pouvoir faire des casses-têtes avec elle encore…

Pas un mot concernant le père Noël, pas un mot concernant les cadeaux, les biscuits, les bananes ou autres…

Peut-être que Noël ne vient pas de si loin finalement… Peut-être qu’il vient simplement du coeur, des vraies valeurs…