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Demain

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Il est 0h57 lorsque le responsable du stationnement intérieur ouvre la barrière afin de nous laisser sortir. La pluie qui tombe sur Côte-Ste-Catherine est particulièrement intense et empêche Victoria de voir la lune et les étoiles. Elle me demande constamment où elles se sont cachées. Je lui dis de fermer ses yeux : lorsqu’elle les ouvrira, elle verra le soleil et ce sera encore mieux!

Ce qui est difficile avec les hôpitaux, c’est que tu sais toujours quand tu y entres, mais tu ne sais jamais quand tu en ressortiras.

À 18h, en quittant pour la clinique, j’ai rempli ma sacoche de tout ce dont on pourrait avoir besoin pour une nuit. Je connais ma fille et je sais que le médecin nous enverra à l’hôpital. Encore sous antibiotiques suite à sa pneumonie, Victoria a tout de même beaucoup de difficulté à respirer. Sa peau enfonce dans ses côtes lorsqu’elle inspire et elle siffle énormément.

Après seulement quelques minutes à discuter et à scruter le dossier de Victoria, Dre. Anne Gosselin est d’avis qu’elle doit se rendre à l’urgence.

Victoria en est à sa dixième pneumonie depuis sa naissance, environ.  Elle a essayé toutes les pompes, tous les antibios, tous les traitements et c’est la deuxième fois en un an qu’on se rend d’urgence à Ste-Justine à cause de son taux d’oxygène trop bas dans son sang.

Ce qui est fascinant du CHU Ste-Justine, c’est le service offert. Son dossier à cet hôpital commence à être épais et avec la note du médecin de la clinique, Victoria se fait transférer en isolement respiratoire en maximum 5 minutes.

On voit trois infirmières,  une urgentologue, une médecin résidente et deux inhalothérapeutes. Ma grande fille a droit a un traitement-choc de Ventolin et d’une autre pompe blanche… Le traitement se termine à 23h. Le médecin doit nous laisser pendant une heure, afin de s’assurer que les poumons à Victoria peuvent reprendre le dessus par eux-mêmes.

Durant cette heure, je réalise que j’ai pensé à tout sauf à de la nourriture. La cafétéria étant fermée jusqu’à 00h30, on se nourrira de biscuits à l’avoine et chocolat… Victoria s’endort finalement après avoir bu son verre de lait apporté par l’infirmière très attentionnée.

Pendant que ma grande dort profondément à l’aide d’une respiration A1, que la pluie battante tombe contre la fenêtre de la chambre et que les minutes passent à une lenteur inimaginable, je me demande pourquoi des moments comme ceux-ci viennent avec le fait d’avoir des enfants. Quand j’ai décidé d’avoir des enfants, je voulais juste des enfants. Pas un package deal de stress avec.

Je suis pleinement consciente qu’il y a pire. Je ne suis pas obligée de laisser mon emploi pour être au chevet de mon enfant qui doit subir des traitements chaque semaine. Mais, comme tout est relatif, nous subissons tous des moments stressants dans ce genre. Je nous trouve bons et bonnes, nous, les papas et mamans, qui doivent accompagner nos enfants dans des situations comme celles-ci, en tentant de leur cacher notre angoisse du mieux qu’on le peut.

On ne se le cachera pas : c’est difficile, d’être parent. On embarque dans une montagne russe et on n’en débarque jamais, au fond. Et c’est correct, ça fait partie de la vie. Faut juste être capable de se lancer des fleurs parfois… De se dire qu’on est bons et que c’est grâce à nous, que notre enfant aura droit à un autre « demain ».

Faut aussi savoir se calmer et se dire que demain, justement,  c’est un autre jour…

À demain.

Vendredi 13

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(Premièrement, vous m’excuserez de vous avoir quelque peu délaissés dernièrement. La vie a décidé de me remettre sur le chemin du bonheur depuis quelques jours, un chemin parsemé de trèfles à quatre feuilles.)

Je vous ai parlé dernièrement de l’ange de ma fille, Sofia. En fait, je crois sincèrement que nous avons tous un ange, qu’il soit sur terre à nos côtés ou au ciel à nous regarder. Mon ange, il a été à mes côtés jusqu’au 29 avril 2003, après quoi il a continué de me guider du haut de son petit paradis.

À 12 ans, lorsque ma grand-maman s’est envolée, j’ai eu beaucoup de difficulté à l’accepter. Je ne parle que très rarement d’elle puisque je deviens rapidement émue. Elle s’appelait Marie-Adèle, mais tout le monde la surnommait Adèle. Elle était magnifique, elle rayonnait, souriait toujours et adorait le mauve.

Cinq ans après son décès, je me suis fait tatouée son nom avec sa fleur préférée : une rose mauve. Lorsque Victoria est née, je lui ai donné Adèle comme deuxième prénom. Trois ans plus tard, Victoria Adèle est le sosie de son arrière-grand-mère, physiquement autant que psychologiquement. Elle a les cheveux qui frisent, elle rayonne, elle sourit toujours et ne vie que pour le mauve et les belles choses.

Dernièrement, j’ai réalisé que, même si elle n’était plus à mes côtés, ma grand-maman était toujours restée près de moi. Des fois, ces anges nous donnent des signes. Suffit simplement de les voir…

Les derniers 18 mois ont été des plus difficiles. Je ne saurai jamais si j’ai frôlé la dépression ou si je nageais en plein dedans. Durant la périodes des fêtes, j’ai beaucoup parlé à ma grand-maman, la suppliant de ne pas me laisser tomber, de m’aider à voir les étoiles briller encore.

Puis, 2015 est arrivée : j’ai envoyé mon manuscrit en édition et j’ai reçu une réponse positive un mois plus tard. Ce n’était que le début, en fait. J’ai signé le contrat avec mon éditeur et mon livre sera publié le 10 avril 2015, juste à temps pour le Salon du livre de Québec, où je serai. Je serai aussi au Salon du livre de Montréal, en novembre puis, à celui de Trois-Rivières, en mars 2016. Déjà sur un nuage, j’ai appris que ce n’était pas tout : j’ai réussi à décrocher un emploi qui saura me rendre heureuse, tout en ne compromettant pas mon besoin d’écrire, ni mes enfants.

J’ai aussi commencé l’écriture d’un roman, moi qui me croyais incapable d’en écrire un!

En me rendant chez l’allergologue avec Sofia, la semaine dernière, alors que mon iPod décidait lui-même de quelle chanson devait jouer, j’ai été complètement bouleversée d’entendre les paroles suivantes :

Elle espère qu’à un moment donné, elle pourra lever le voile sur ces sombres années et, enfin, revoir les étoiles.
Elle dit que la solitude, c’est quelque chose d’assez déprimant, que ça devient une habitude mais, qu’on ne s’y fait jamais vraiment.
Si les étoiles reviennent, je te jure que je te les décroche. Pour apaiser ta peine, j’en glisserai une dans ta poche.
En attendant, dors bien, on se reparle demain…

Hannah – Cowboys Fringants

Je crois que quelque part, dans la nuit du 31 décembre 2014 au 1er janvier 2015, ma grand-maman est venue déposer une étoile dans ma poche. Après tout, les étoiles ne peuvent pas briller sans la noirceur…

 

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