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Douleur prolongée

Je me demande si la douleur disparaîtra un jour ou si je devrai simplement apprendre à vivre avec.

Je parle de la douleur ressentie lorsque je dois laisser mes enfants à la garderie le vendredi matin en sachant que je ne les reverrai pas avant sept longs jours.
La douleur de leur absence 50% du temps. L’absence de leur rire, leur odeur, leurs mots doux, leurs petites mains qui touchent à tout.

Je parle de la douleur qui me déchire lorsque je vois une famille unie, qui semble heureuse. Lorsque je vois la complicité d’un couple, lorsque je vois le bonheur.

Je parle du vide qu’on ressent lorsque tout s’effondre, lorsque tout éclate.
Lorsqu’on croit avoir tout fait pour sauver sa famille, mais que rien a suffit.

J’ai l’impression d’avoir échappé un vase en cristal.

J’ai réalisé et j’ai fini par accepter de m’ennuyer de quelque chose sans nécessairement le vouloir à nouveau.

J’imagine qu’un jour, tout se placera. J’imagine que certains morceaux de mon vase se recolleront pour en créer un nouveau.

J’imagine qu’un jour, je vivrai mieux avec ce détour forcé, avec cette absence prolongée.

Funambule

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Je reviens tout juste d’une semaine au loin sans WiFi, sans LTE, sans télé; juste un faible 3G quand on est chanceux. Ça a fait du bien. On ne prend pas assez souvent le temps de prendre notre temps.

J’ai passé plusieurs heures à fixer l’eau. Elle m’aide énormément à me ressourcer. J’ai réalisé que j’avais beaucoup de chemin de fait depuis l’été dernier. J’ai réalisé que j’étais heureuse, que j’étais bien avec moi-même et que je m’aime, aussi.

Ça semble banal. Essayez-le tout de même. Allez face à un lac, une rivière, un fleuve ou, encore mieux, l’océan. Restez là quelques minutes sans téléphone, sans amis, sans livre ni musique et demandez-vous si vous êtes bien.

Ayant grandi au bord de l’eau et ayant vécu quelque temps sur la côte ouest, j’ai souvent fait l’exercice. La semaine dernière, ça a été positif pour la première fois.

J’ai réalisé que tout est une question d’équilibre. Le bonheur dépend de l’équilibre de nos priorités. On oublie facilement et trop souvent ce qui devrait être numéro un sur notre liste. On met de l’avant notre travail parce qu’il est payant et gratifiant et on en oublie notre famille, nos amis et nous-mêmes.

Ce qui est beau, avec la vie, c’est qu’elle balance le tout à sa façon.

Au cours de la dernière année, j’ai perdu des emplois, j’ai laissé tomber des projets sur lesquels je m’acharnais sans raison, j’ai « tassé » des gens de ma vie parce qu’ils étaient toxiques. À ce moment, j’étais dans une énorme tempête et je n’en voyais plus le bout.

Quand je repense à tout ça, je me dis que c’est absolument merveilleux. Je remercie même la vie de m’avoir noyée à ce point pendant aussi longtemps. Je n’ai jamais aussi bien nagé.

C’est là que l’équilibre embarque. C’est là que tout se balance et que la vie prend son sens.

C’est là qu’on devient la personne qu’on a toujours voulu être.

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Corbeau

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Vous m’excuserez pour cette longue absence. Il y a maintenant trois grosses semaines, que j’essaie de mettre des mots sur mes émotions. Comme bien des choses : c’est souvent plus difficile que ça en a l’air.

J’imagine qu’on a tous notre façon de faire sortir nos émotions : certains courent quelques kilomètres, d’autres peignent. Moi, vous aurez compris, j’écris. Pour être en mesure d’écrire un texte qui me satisfait, j’ai besoin de musique. C’est essentiel.

Selon les émotions du moment, j’ai toujours une chanson qui vient se coller à ma peau, dans ma tête et sur mon coeur. Je me mets alors à écouter cette chanson en boucle jusqu’à épuisement de mon cerveau. La chanson, je n’ai jamais besoin de la chercher : c’est elle qui vient me trouver à chaque fois. Il y a trois semaines et des poussières, Corbeau, de Coeur de Pirate, est venue me trouver.

J’ai réalisé, dernièrement, la fragilité de la durée du bonheur. Je me suis rendue compte que dans l’équation du bonheur, ce ne sont pas les variables à l’intérieur de la parenthèse qui changent tout. Je parle là du travail, des relations, de la famille, de la vie sociale et autres. Ce qui change tout dans cette fameuse équation, ce qui fait en sorte que l’équation échoue beaucoup plus rapidement pour certains que pour d’autres, c’est la variable juste devant la parenthèse; celle qui représente le temps.

C’est facile de tout avoir pour être heureux. Ce qui est difficile, c’est de le rester.

Il y a des personnes (et chanceuses sont-elles), qui règlent le tout très tôt dans leur vie en mettant ceci devant la fameuse parenthèse : ∞ . Problem solved : ces gens sont, tout simplement, toujours heureux! D’autres passeront leur vie avec un gros X rouge parce qu’ils ne veulent rien savoir du bonheur.

La plupart d’entre nous auront besoin de réajuster la variable à plusieurs reprises. C’est tellement difficile de trouver celle qui convient à notre équation. Parce qu’on ne sait jamais si l’équation fonctionnera jusqu’à ce qu’elle échoue.

Je n’avais pas envie de vous écrire un texte lourd mais bon, me voici. C’est peut-être le fait que je n’ai jamais été douée en maths, c’est peut-être le fait que je n’ai vraisemblablement pas le bonheur facile… Ou peut-être ce bonheur est-il simplement trop fragile…

Bref, j’écoute encore Corbeau en boucle. Faut croire que je n’ai toujours pas trouvé ces fameux mots à mettre sur mes émotions. Je serai peut-être plus inspirée après les Oliviers.

 

Quand le mot routine prend un tout autre sens

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Une des citations les plus populaires de Van Gogh est :

« La normalité est une route asphaltée : confortable pour y marcher, mais aucune fleur ne peut y pousser. »

J’aime tellement cette citation, je la trouve vraie. Elle s’adapte parfaitement à toute situation.

Avant d’avoir des enfants, je l’aimais parce qu’elle représentait la liberté. Je voyais la routine comme un ennemi. Je me plaisais à sortir de l’ordinaire en visant toujours plus haut ou plus loin.

Mais, lorsque les enfants arrivent, ça change tout, même la signification de la citation de Van Gogh. Au début, c’est plus que difficile d’y croire. La routine devient effectivement notre pire ennemi : on a de la difficulté à apprécier les levers, les repas et les dodos, tous plus routiniers les uns que les autres. En regardant les autres parents, qui semblent apprécier ces moments, on se demande si un jour nous les apprécierons à notre tour.

Il y a toujours un élément déclencheur, un point tournant, alors qu’on se rend compte que cette normalité peut devenir une routine appréciée par les parents autant que par les enfants. C’est ce qui est bien des enfants, justement : ils voient toujours le positif dans chaque situation, un atout qu’on perd malheureusement trop souvent en vieillissant…

Cet élément déclencheur, ce peut être le retour au travail, l’arrivée d’un autre enfant, le développement du langage, le temps des fêtes… À partir de ce moment, on passe dans le clan des parents qui apprécient leur routine quotidienne avec leur(s) enfant(s). Par la suite, alors qu’on regarde en arrière, on se rend compte du chemin parcouru, on se rend compte que notre pire ennemi est devenu notre meilleur ami, que la routine mortelle est devenue celle qui nous fait vibrer, celle qui nous fait vivre, celle pour laquelle nous nous levons à chaque matin.

Savoir apprécier les petits moments normaux, ça s’apprend. C’est un apprentissage difficile et il faut savoir « piler sur notre orgueil » de parent. Puisque malgré la fatigue et la nouvelle vie qui s’entame, il faut savoir être à l’écoute de ceux qui bâtissent notre routine et voir, grâce à eux, le beau côté de la chose : les souvenirs créés.

Si on continue de voir cette routine comme une normalité dite « asphaltée », il n’y aura jamais rien qui y poussera, effectivement. C’est lorsque cette routine devient notre bonheur quotidien, que les fleurs commencent à y pousser…

Dany

 

Merci à Dany Samuel pour l’inspiration, ainsi que pour cette merveilleuse photo de son bonheur quotidien.

14 décembre 2014

Ça va faire une semaine demain. Une semaine que je me suis levée avec un arrière goût de déjà vu, une semaine que je suis partie de la maison angoissée, en me disant que je serais peut-être mieux d’y rester… juste pour aujourd’hui. Ça fera une semaine demain que la vie, après multiples tentatives, m’a finalement remise sur la bonne voie et m’a finalement fait comprendre que je ne gagnerais pas à ce jeu de l’autruche. Ça aurait pu prendre 3 jours, ça aurait pu prendre 50 ans. Ça aura pris environ 17 ans. Je dis 17 ans parce que je crois avoir appris à lire et à écrire en même temps que la plupart des gens de ma génération ; soit 7 ans.

À 7 ans, je lisais tout, tout le temps. Les J’aime lire et les Chair de poule ont bercé mes dimanche pluvieux d’octobre et mes samedi trop froids de février. J’adorais m’évader dans des pages remplies de mots. J’aimais d’autant plus constater à quel point le temps passait plus vite lorsqu’on s’évadait dans un livre. Je devais avoir ça, 7 ou 8 ans, quand j’ai décidé que j’allais écrire des livres “plus tard”. Je ne lisais que des romans, ne connaissant rien d’autre, alors j’allais écrire des romans. L’année suivante, j’allais devenir scénariste : j’avais découvert le cinéma. À travers Le Parrain et Edouard aux mains d’argent, je vivais dans la magie du 7e art.

Au primaire, j’excellais particulièrement en français. J’étais imbattable lorsque ça venait à l’écriture ou la lecture. Ce sont les présentations orales qui me faisaient perdre des points, en fait. En secondaire 1, j’ai rencontré l’enseignant qui vint confirmer que ma vocation était d’écrire. M. Claude Ponton était passionné du français et transmettait sa passion à merveille. Il m’a fait lire mon premier gros livre, celui qui m’a probablement le plus marqué à ce jour d’ailleurs : Le prince de Central Park. En allant à NYC pour la première fois cet automne, je n’ai pu faire autrement que de penser à ce chef d’oeuvre lorsque j’ai franchis les limites de Central Park, presque 13 ans après avoir lu le livre.

Finalement, en secondaire 5, je savais que je devais me diriger en communications. J’ai par contre pris la voie anglophone en m’inscrivant à Dawson College. J’aimais toujours lire, j’aimais toujours écrire. Je me voyais écrire pour The Gazette.

J’ai dit que, à 7 ans, je trouvais que le temps passait merveilleusement vite lorsqu’on lisait? J’ai effectivement perdu le compte à un certain moment donné. Je me suis réveillée la semaine dernière. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Je ne sais pas où il est allé, ce temps-là, mais il a passé en coup de vent. J’ai rencontré Christian Tétreault à quelque part, sur un de ces nuages. Je lui ai promis que j’écrirais. Il m’a dédicacé son livre en écrivant :

“Un jour, on se reverra dans deux rôles différents.”

Cette phrase-là, elle m’a rentrée dedans. Elle m’a chamboulée totalement. Mais, ce n’était pas assez, on dirait. J’ai continué à sauter de nuage en nuage, en écrivant par ci et par là, en lisant, en rêvant. Je suis déménagée sur la rive-nord, dans le fin fond d’un bois de St-Colomban, au début 2010. Je trouvais l’endroit idéal pour y écrire. Je cherchais un endroit de la sorte depuis des mois et j’y étais enfin. La neige était étincelante et ne me demandait que de m’assoir et d’écrire. Chose que je ne fis pas suffisamment. Lorsque j’ai mis au monde ma première réussite, une merveilleuse petite fille, je me suis dit que je pourrais profiter du congé de maternité pour écrire un peu plus. J’ai écrit. Mais, pas assez. Copier – coller pour le deuxième congé de maternité, qui s’est avéré être collé au premier. Puis, je suis retournée au travail rêvant encore, avant de m’endormir le soir, de vivre de mes mots.

J’ai perdu ce travail 6 mois seulement après mon retour. Je manquais beaucoup trop à cause des enfants qui étaient malades à chaque semaine. Sous le choc, j’ai pris 5 semaines à m’en remettre après lesquelles j’ai recommencé à écrire pour de bon. La semaine suivante, j’avais trouvé un emploi à temps plein. Plus de temps pour écrire… Je regrettais de laisser mes pages aussi blanches pour un emploi dont je n’avais pas du tout envie.

J’ai perdu cet emploi 4 mois seulement après l’avoir décroché. Le marché n’allait pas bien alors ils ont aboli mon poste. Je me suis alors dit que je ne chercherais plus, que j’écrirais à la place. Pour une fois, je me suis écoutée… presque. J’ai appliqué sur 1 seul emploi. Je l’ai eu. Quatre semaines après avoir perdu un deuxième emploi en 6 mois, j’en commençais un autre. L’enjeu était par contre différent cette fois : ça allait être mon dernier emploi dans ce domaine avant que je le quitte pour écrire à temps plein. Pendant les quatre semaines qui ont précédées mon nouvel emploi, j’ai finalement écrit autant que je devais le faire. J’ai finalement écrit un livre. Je croyais qu’il n’y avait rien comme finir de lire un livre ; je n’avais vraisemblablement jamais fini d’en écrire un. À ce moment-là, et je ne m’en rend compte qu’aujourd’hui seulement, je vivais une vie de rêve : mon couple filait le parfait bonheur, le soleil brillait à tous les jours, mes filles étaient heureuses et en pleine santé, je dormais mieux que jamais et j’écrivais tous les jours. La vie était belle.

J’ai pourtant commencé à travailler… Au bout d’un mois, je suis retombée dans le même bateau. Celui de la routine d’enfer avec deux jeunes enfants de 2 et 3 ans : la garderie, le ménage, les soupers, les dodos, les virus, le pédiatre, l’allergologue, les terrible two… Plus de temps pour écrire, plus de belle vie. L’argent rentrait, on avait un beau rythme de vie, mais on n’était pas bien comme on l’était avant…

En regardant Patrick Sénécal à Tout le monde en parle quelques semaines après avoir débuté mon nouveau travail, je me suis promis que ce travail serait le dernier avant que je vive de mes mots. Je me suis mise à rêver de le quitter un jour en annonçant à mon patron que je devais me consacrer à mes pages blanches et mes histoires. J’en ai vraiment rêvé.

La semaine dernière, j’ai perdu cet emploi. C’était le troisième en 10 mois et la raison m’est inconnue. Ce matin-là, avant de quitter pour le travail, j’ai regardé le feu brûler dans le foyer et mon chien dormir juste devant. Je me suis dit que je pourrais vraiment rester à la maison, juste pour cette journée-ci… À mon retour, à 17h15, le soir-même, j’ai compris que je ne repartirais plus de chez moi.

À quelque part dans ma vie, entre le secondaire 5 et la semaine dernière, j’ai décidé que je jouerais au plus fort avec la vie. J’ai décidé que je la défierais, que j’irais à l’encontre de ce vers quoi elle me destinait.

J’ai déclaré forfait la semaine dernière à 17h15.

T’as gagné, la vie : je vais rester chez moi et écrire.