F_cking Perfect

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Je te regarde aller, du haut de tes deux ans et quatre mois… D’un côté, j’aimerais que tu sois un peu plus vieille pour mieux communiquer. Mais, d’un autre, j’aimerais que tu reste à deux ans toute ta vie : ça t’éviterait de comprendre un jour la gravité de tes particularités et les conséquences de ces dernières.

Il faut que tu saches que ce ne sera pas facile, parfois. Des gens auront peur de toi parce qu’on leur aura dit qu’ils peuvent te faire du mal en te touchant après avoir mangé certains aliments. Tu te sentiras exclue, des fois. Il t’arrivera de revenir de l’école en larmes parce que toutes tes amies auront été invitées à une fête. Toutes tes amies, sauf toi. Certains parents ne comprendront pas que le mal qu’ils te feront avec des gestes comme ceux-là te marquera plus que le mal qu’ils pourraient te faire en prenant la chance de t’inviter.

Tu arriveras à un âge où tu aimerais être au moins un peu comme tout le monde. Tu voudras les mêmes bebelles et le même genre de linge. Tu voudras aussi pouvoir manger à côté des gens cool de ton école… Mais, tu ne le feras pas. Je le sais bien. Tu ne prendras pas de chance.

Tu es brillante et intuitive. Tu ne fais confiance qu’à toi-même et c’est ce qui fait de toi quelqu’un d’exceptionnel et exemplaire.

Tu auras toujours des particularités qui te rendront quelque peu différente. Et c’est correct, d’être différent. Ces particularités, Doudou, elles sont une partie de toi. Tu pourras même les tourner à ton avantage quand bon te semblera; on s’en reparlera rendu là.

Heureusement pour toi, tes amis seront plus conscientisés que les miens l’étaient : certains comprendront totalement ta situation et feront tout pour que tu ne te sentes pas exclue, pour que tu puisses aller partout avec eux et faire tout ce que tu veux sans que ce soit dangereux pour ta vie.

Certains parents m’appelleront même pour s’assurer des ingrédients qu’ils utiliseront lors de la fête de leur enfant, afin que tu puisses aussi y assister. Je leur décrirai tes particularités en détails en les remerciant du fond du coeur, puis je raccrocherai avant de fondre en larmes.

Je travaillerai fort avec qui le voudra bien pour que tu puisses vivre ta vie aisément, comme tous les autres enfants. Lorsque je verrai que tu te sens exclue, je m’efforcerai de cacher mes larmes parce que, crois-moi, ça me tuera à chaque fois…

Quand tu reviendras de l’école en larmes, quand tu seras enragée et que tu auras envie de tout laisser tomber, quand tu croiras que la vie est injuste et que tu mérite mieux, viens me voir, je serai toujours là, jamais loin.

On ira au zoo un jour de semaine, si tu le veux. En revenant, on fera du pain en se lançant de la farine. On se fera un chocolat chaud avec du lait d’amandes et du chocolat Enjoy Life. On finira la soirée en allant marcher dans le bois et on regardera les étoiles dans la cour arrière jusqu’à ce que tu t’endormes dans mes bras, comme quand je pouvais encore te protéger de tout ça… Quand tu dormiras enfin, mon Amour, je te serrerai fort contre moi et là, à ce moment, je me permettrai d’éclater en sanglots, priant le ciel de t’avoir fait oublier, l’espace d’une journée, tes maudites particularités…

D’ici là, sois forte, ma princesse Sofia. Aies confiance en toi plus qu’en quiconque et ne laisse jamais personne t’exclure de quoi que ce soit.

Eleanor Roosevelt a un jour dit :

No one can make you feel inferior without your consent.

 

Extrait – Victoria

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J’ai décidé de vous gâter un peu, ce soir. Je flotte sur un très, très gros nuage depuis quelques temps : mon livre sera publié dans exactement 21 jours! Ça fait environ 17 ans que je rêve de publier un livre. Vous comprendrez donc la raison de mon nuage! J’ai envie de vous embarquer avec moi, sur ce nuage, pendant quelques instants. Il reste 3 semaines avant que je puisse enfin tenir mon bébé entre mes mains. Je vais tout de même vous partager un extrait.

Sachez, tout d’abord, que le livre s’intitule Victoria. Il raconte l’histoire de mon aînée. Au cours des dernières années, j’ai compris que rien arrive pour rien dans une vie. Chaque détail a une raison d’être, chaque personne que l’on rencontre effectue un passage dans notre vie pour une raison précise. On a beau projeter sa vie d’une certaine façon, elle risque fort bien d’être totalement différente. Parfois, c’est pour le mieux. En ces temps-là, il suffit simplement de sourire et de dire « merci, la vie! ».

 

Ce que j’aime le plus des aéroports, c’est le moment où les portes principales s’ouvrent. J’adore recevoir une bouffée d’air frais de la ville dans laquelle j’arrive.

Mon vol Philadelphie – San Diego a eu beaucoup de retard. Je suis fatiguée, j’ai faim et j’ai hâte d’aller me coucher. Je descends au rez-de-chaussée de l’aéroport pour récupérer ma valise et je me dirige ensuite vers la sortie pour vivre mon moment préféré. J’aime déjà cette ville, seulement d’après son odeur. Des dizaines de palmiers entourent l’aire de stationnement des taxis. Ces arbres m’ont toujours fascinée et j’en vois pour la première fois. Je prends tout mon temps pour les admirer. La ville brille d’un bleu incroyable, on dirait que l’océan se reflète sur les immeubles au loin.

Je prends un taxi pour aller à l’hôtel, puis je termine la soirée par un petit repas de restauration rapide. Avant de me coucher, je prends le temps d’ouvrir ma fenêtre de chambre pour remplir mes poumons de l’air salé de San Diego, sachant très bien que de la neige tombe sur la ville de Montréal au même moment.

Le lendemain matin, je me réveille au son de la vie du sud de la Californie. Les trolleys, les autobus, les stations mobiles de café en plus du gros soleil étincelant et de la brise de l’océan forment, tous ensemble, le meilleur des réveille-matin que la vie puisse offrir. J’ai la journée devant moi et je me sens au paradis. J’ai beaucoup lu sur San Diego avant d’y arriver et s’il y a une place où je dois aller, c’est Coronado Island. Je me prends donc un café et un muffin au café, au coin de West Broadway et Columbia, puis je prends un taxi pour me rendre à Coronado.

Le Coronado Bridge est un des plus beaux ponts au monde. Il est très haut pour permettre aux paquebots de passer dessous. Il est bleu ciel et il offre une vue magnifique, autant sur San Diego que sur Coronado. En arrivant sur l’île, le chauffeur me demande où je veux aller exactement. Je n’en ai aucune idée, alors je lui demande de me laisser au Starbucks le plus près, qui est sur Orange Avenue, l’avenue principale de l’île.

Voilà, à bientôt!

Ça y est!

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Ça y est, les filles : on est arrivées.

Ça fait deux ans qu’on essaie de s’adapter au fait que vous n’avez que 13 mois de différence, que vous n’êtes jamais au même stade en même temps, que vous tentez toutes deux de vous exprimer à votre façon, sans toujours vous faire comprendre, et que je ne suis pas une maman parfaite.

J’essaie constamment, de répondre à vos besoins du mieux que je le peux. Quand quelque chose me tracasse à votre sujet, je fouille dans les livres, sur les forums, j’appelle vos grands-mamans, je demande à votre éducatrice… Je cherche toujours à avoir la meilleure solution. Peut-être parce que je n’aime pas faire des erreurs. Peut-être aussi parce que je vous aime tellement, que je n’exige rien de moins que de la perfection envers vous.

Comme tous les parents, je souhaite ce qu’il y a de mieux pour mes enfants. Et, comme tous les parents, j’ai tendance à aller chercher mes réponses à 1001 endroits au lieu d’aller voir le sujet concerné.

Les dernières semaines vous ont ébranlées, je le sais bien. J’ai tout fait pour cacher le stress immense que je vivais mais, vous êtes des éponges à émotions : vous ressentez tout, tout le temps.

Victoria, quand tu t’es mise à avoir peur du noir, des dinosaures, des loups et des sorcières, il y a un mois, j’ai fouillé Google en entier. Résultat : tout à fait normal, d’avoir des peurs, à trois ans. Fine, then. 

Sofia, quand tu t’es mise à dormir sur le seuil de ta porte de chambre pendant des nuits entières (même si je te replaçais au chaud, dans ton lit, jusqu’à 50 fois par nuit), j’ai fouillé assez pour en déduire que ton matelas ne devait plus te convenir… Quand tu te fâchais après tout et rien plusieurs fois par jour, je me disais que c’était ton terrible two et j’ignorais tes crises.

Samedi dernier, vous nous avez finalement fait comprendre la variable manquante à notre recette du bonheur et de nuits paisibles. Samedi dernier, vous nous avez dit que vous vouliez faire dodo dans la même chambre. Aussi simple que ça. Si seulement vous aviez pu l’exprimer plus tôt.

Vous n’avez jamais aussi bien dormi que depuis samedi. Vous semblez récupérer des semaines entières de mauvais sommeil.

Si vous saviez comme on vous trouve adorables quand vous vous parlez tout bas le matin, en vous réveillant. Vous êtes tellement fières de dormir dans la même chambre et de pouvoir tout partager, ça me touche beaucoup…

J’avais hâte qu’on arrive ensemble à un climat plus calme. J’avais hâte que tes crises finissent, Sofia. J’avais hâte que tu dormes comme tu le devrais. J’avais hâte que tu comprennes que les dinosaures n’existent plus, Victoria, et que le noir te permet de voir les étoiles briller, la nuit. J’avais hâte de pouvoir dormir de 21h à 6h et me réveiller seulement par réflexe. J’aurais dû vous écouter plus tôt, au lieu de fouiller…

On y est enfin arrivées, les filles!

Vendredi 13

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(Premièrement, vous m’excuserez de vous avoir quelque peu délaissés dernièrement. La vie a décidé de me remettre sur le chemin du bonheur depuis quelques jours, un chemin parsemé de trèfles à quatre feuilles.)

Je vous ai parlé dernièrement de l’ange de ma fille, Sofia. En fait, je crois sincèrement que nous avons tous un ange, qu’il soit sur terre à nos côtés ou au ciel à nous regarder. Mon ange, il a été à mes côtés jusqu’au 29 avril 2003, après quoi il a continué de me guider du haut de son petit paradis.

À 12 ans, lorsque ma grand-maman s’est envolée, j’ai eu beaucoup de difficulté à l’accepter. Je ne parle que très rarement d’elle puisque je deviens rapidement émue. Elle s’appelait Marie-Adèle, mais tout le monde la surnommait Adèle. Elle était magnifique, elle rayonnait, souriait toujours et adorait le mauve.

Cinq ans après son décès, je me suis fait tatouée son nom avec sa fleur préférée : une rose mauve. Lorsque Victoria est née, je lui ai donné Adèle comme deuxième prénom. Trois ans plus tard, Victoria Adèle est le sosie de son arrière-grand-mère, physiquement autant que psychologiquement. Elle a les cheveux qui frisent, elle rayonne, elle sourit toujours et ne vie que pour le mauve et les belles choses.

Dernièrement, j’ai réalisé que, même si elle n’était plus à mes côtés, ma grand-maman était toujours restée près de moi. Des fois, ces anges nous donnent des signes. Suffit simplement de les voir…

Les derniers 18 mois ont été des plus difficiles. Je ne saurai jamais si j’ai frôlé la dépression ou si je nageais en plein dedans. Durant la périodes des fêtes, j’ai beaucoup parlé à ma grand-maman, la suppliant de ne pas me laisser tomber, de m’aider à voir les étoiles briller encore.

Puis, 2015 est arrivée : j’ai envoyé mon manuscrit en édition et j’ai reçu une réponse positive un mois plus tard. Ce n’était que le début, en fait. J’ai signé le contrat avec mon éditeur et mon livre sera publié le 10 avril 2015, juste à temps pour le Salon du livre de Québec, où je serai. Je serai aussi au Salon du livre de Montréal, en novembre puis, à celui de Trois-Rivières, en mars 2016. Déjà sur un nuage, j’ai appris que ce n’était pas tout : j’ai réussi à décrocher un emploi qui saura me rendre heureuse, tout en ne compromettant pas mon besoin d’écrire, ni mes enfants.

J’ai aussi commencé l’écriture d’un roman, moi qui me croyais incapable d’en écrire un!

En me rendant chez l’allergologue avec Sofia, la semaine dernière, alors que mon iPod décidait lui-même de quelle chanson devait jouer, j’ai été complètement bouleversée d’entendre les paroles suivantes :

Elle espère qu’à un moment donné, elle pourra lever le voile sur ces sombres années et, enfin, revoir les étoiles.
Elle dit que la solitude, c’est quelque chose d’assez déprimant, que ça devient une habitude mais, qu’on ne s’y fait jamais vraiment.
Si les étoiles reviennent, je te jure que je te les décroche. Pour apaiser ta peine, j’en glisserai une dans ta poche.
En attendant, dors bien, on se reparle demain…

Hannah – Cowboys Fringants

Je crois que quelque part, dans la nuit du 31 décembre 2014 au 1er janvier 2015, ma grand-maman est venue déposer une étoile dans ma poche. Après tout, les étoiles ne peuvent pas briller sans la noirceur…

 

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24 heures dans ma vie

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En mars 2012, un magazine québécois avait lancé un concours d’écriture, qui s’intitulait 24 heures dans ma vie. Il fallait, en moins de 500 mots, raconter notre journée en tant que maman ou papa. Victoria allait avoir cinq mois et Sofia était une mini pois dans mon ventre.

Un soir, alors que je n’arrivais pas à dormir, je me suis mise à écrire. À 21h11, j’ai envoyé mon texte au magazine en question. Douze heures plus tard, la rédactrice en chef m’écrivait pour me dire que mon texte avait été choisi. J’ai donc eu envie de vous le partager :

Comment je fais?

Il y a des matins où le réveil est plus difficile. Aujourd’hui, il l’est. Dans ces instants-là, je me demande comment elle fait, du haut de ses vingt cinq pouces, pour me tirer du lit avec ses gazouillis à une heure si matinale. Encore dans les brumes, je me rends à son lit pour la découvrir dessus-dessous à l’extrémité de la bassinette, me regardant avec un énorme sourire, le même que font les gens qui gagnent à la loto. Puis, elle éclate de rire sans aucune raison apparente et se met à pédaler. C’est comme ça qu’elle fait. C’est comme ça et pour ça que je me lève à tous les matins.
En zappant entre Salut Bonjour, The Mom Show et Le chat dans le chapeau, je prépare notre journée qui est autant sinon plus pleine que celle d’hier. Du lait, des céréales, des couches pleines (très pleines), des régurgits, des rots et il est l’heure de partir. Je lui enfile son maillot de bain sous un pantalon et un chandail sur lequel on peut lire “Sweetie”. On doit tout d’abord aller au cours “bébé d’eau” où elle y apprend à submerger sa tête sans crainte. Aussitôt sortie, une infirmière nous attend déjà au CLSC pour un vaccin. Une chasse au stationnement, une feuille bleue à remplir, des pleurs déchirants et hop! Quelques gouttes deTempra feront l’affaire! Comme pour les autres vaccins, elle semble K.O. J’en profite donc pour aller faire des courses puisque le dossier “souper de ce soir” n’est toujours pas réglé.
Après avoir parcouru la ville au grand complet, direction maison pour diner. Elle ne semble pas se tanner d’avoir le même menu à chaque repas! Pour moi, à voir la vaisselle sale qui traine, le plancher caché sous la saleté, les jouets éparpillés partout et l’heure qui file à toute allure, ce sera un sandwich sur le pouce!

À peine l’éléphant aux oreilles bruyantes rangé, papa rentre déjà du travail. Un calcul mathématique inné s’effectue alors dans ma tête: À quelle heure dois-je commencer à préparer le souper si je veux avoir le temps de manger tranquillement, ranger les restants, préparer les lunchs, préparer la routine, remplir le bain, donner le biberon et coucher la petite? Surprenamment, à chaque soir, ce calcul fait en sorte que tout entre dans l’ordre.
Enfin le bébé couché, j’ai droit à une bonne douche d’eau chaude. Même si mon lit est tentant par après, je dois finir un travail d’université. Je ne serai pas couchée avant 23h au moins. En prenant mes livres, je passe par la chambre safari dans laquelle une petite lionne y est endormie. Je la contemple quelques instants, je la photographie du regard. C’est cette image qui fera la différence.
Lorsque je me demanderai comment je fais, lorsque les journées se rempliront de plus en plus, lorsque je trouverai les matins trop tôt, je penserai à cette image, je penserai à elle.
C’est pour elle que je le fais.