Archives de catégorie : Les lionceaux

Christian Tétreault a dit, un jour :

“On aura beau avoir réussi mille choses dans une vie, avoir atteint mille sommets professionnels. On aura beau avoir la fortune et la renommée, la seule vraie réussite, la seule qui vaille, c’est la famille. Rien ne pourra jamais remplacer mes 4 enfants. Ils sont ma mesure, ils sont mes trophées et mes médailles. Ils dépassent tout et tous.”

Il avait tellement raison.

24 heures dans ma vie

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En mars 2012, un magazine québécois avait lancé un concours d’écriture, qui s’intitulait 24 heures dans ma vie. Il fallait, en moins de 500 mots, raconter notre journée en tant que maman ou papa. Victoria allait avoir cinq mois et Sofia était une mini pois dans mon ventre.

Un soir, alors que je n’arrivais pas à dormir, je me suis mise à écrire. À 21h11, j’ai envoyé mon texte au magazine en question. Douze heures plus tard, la rédactrice en chef m’écrivait pour me dire que mon texte avait été choisi. J’ai donc eu envie de vous le partager :

Comment je fais?

Il y a des matins où le réveil est plus difficile. Aujourd’hui, il l’est. Dans ces instants-là, je me demande comment elle fait, du haut de ses vingt cinq pouces, pour me tirer du lit avec ses gazouillis à une heure si matinale. Encore dans les brumes, je me rends à son lit pour la découvrir dessus-dessous à l’extrémité de la bassinette, me regardant avec un énorme sourire, le même que font les gens qui gagnent à la loto. Puis, elle éclate de rire sans aucune raison apparente et se met à pédaler. C’est comme ça qu’elle fait. C’est comme ça et pour ça que je me lève à tous les matins.
En zappant entre Salut Bonjour, The Mom Show et Le chat dans le chapeau, je prépare notre journée qui est autant sinon plus pleine que celle d’hier. Du lait, des céréales, des couches pleines (très pleines), des régurgits, des rots et il est l’heure de partir. Je lui enfile son maillot de bain sous un pantalon et un chandail sur lequel on peut lire “Sweetie”. On doit tout d’abord aller au cours “bébé d’eau” où elle y apprend à submerger sa tête sans crainte. Aussitôt sortie, une infirmière nous attend déjà au CLSC pour un vaccin. Une chasse au stationnement, une feuille bleue à remplir, des pleurs déchirants et hop! Quelques gouttes deTempra feront l’affaire! Comme pour les autres vaccins, elle semble K.O. J’en profite donc pour aller faire des courses puisque le dossier “souper de ce soir” n’est toujours pas réglé.
Après avoir parcouru la ville au grand complet, direction maison pour diner. Elle ne semble pas se tanner d’avoir le même menu à chaque repas! Pour moi, à voir la vaisselle sale qui traine, le plancher caché sous la saleté, les jouets éparpillés partout et l’heure qui file à toute allure, ce sera un sandwich sur le pouce!

À peine l’éléphant aux oreilles bruyantes rangé, papa rentre déjà du travail. Un calcul mathématique inné s’effectue alors dans ma tête: À quelle heure dois-je commencer à préparer le souper si je veux avoir le temps de manger tranquillement, ranger les restants, préparer les lunchs, préparer la routine, remplir le bain, donner le biberon et coucher la petite? Surprenamment, à chaque soir, ce calcul fait en sorte que tout entre dans l’ordre.
Enfin le bébé couché, j’ai droit à une bonne douche d’eau chaude. Même si mon lit est tentant par après, je dois finir un travail d’université. Je ne serai pas couchée avant 23h au moins. En prenant mes livres, je passe par la chambre safari dans laquelle une petite lionne y est endormie. Je la contemple quelques instants, je la photographie du regard. C’est cette image qui fera la différence.
Lorsque je me demanderai comment je fais, lorsque les journées se rempliront de plus en plus, lorsque je trouverai les matins trop tôt, je penserai à cette image, je penserai à elle.
C’est pour elle que je le fais.

Dommages collatéraux

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Ça fera deux semaines demain que Sofia s’est rendue à l’hôpital en ambulance à cause de sa réaction allergique. Ça a pris deux jours, puis on en est revenus. La principale concernée ne s’en rappelle probablement même pas. Pour notre part, on a simplement quadruplé de vigilance, même si on doublait déjà de vigilance depuis des mois.

Tout le monde semble s’en être bien remis. Tout le monde, sauf une toute petite personne : la soeur de Sofia. Il faut comprendre ici que Sofia est quelqu’un de très, très indépendant. Elle aime être seule et faire ses trucs sans être dérangée.Victoria, de son côté, est très émotive et a besoin de gens alentour d’elle. De toutes les personnes dont elle a le plus besoin, sa maman (moi-même, en fait!) arrive au-dessus du premier rang.

Victoria a toujours été très, très dépendante de moi. Quand elle avait six mois, on me disait que ça passerait lorsqu’elle marcherait, puis on m’a dit que ça passerait à l’arriver de sa soeur, puis lorsqu’elle parlerait plus, puis lorsqu’elle se ferait des amis… Finalement, ça fait trois ans qu’elle est constamment après moi. Ça ne me dérange pas, j’aime ça. J’aime beaucoup profiter de mes petits moments avec elle.

Même avec les particularités de Sofia, Victoria n’avait jamais été mise de côté, jamais. Elle nous a toujours accompagnées, Sofia et moi, chez l’allergologue et chez le médecin.

Par contre, il y a deux semaines, lorsqu’elle s’est réveillée après sa sieste d’après-midi, ma petite reine a rapidement remarqué l’absence de sa soeur. L’ange Hélène a su la rassurer. Puis, papa est allé la chercher pour la ramener à la maison et là, elle s’est vraiment demandée ce qui se passait. Bien sûr, sur le coup, ça allait. Elle était contente de venir chercher maman et Sofia à l’hôpital avec papa, plus tard en soirée, et elle était très heureuse de rester à la maison le lendemain pour jouer tranquillement avec sa soeur et son chien. C’est depuis la fin de la semaine passée qu’elle semble plus anxieuse.

Elle a de la difficulté à s’endormir l’après-midi et le soir. Elle se met en colère monstre pour des choses très, très banales. Elle s’agrippe après ma jambe lorsque je marche et me donne ainsi l’impression de traîner un boulet. Elle me l’a dit : elle a peur que je parte avec Sofia et que je la laisse seule.

J’ai toujours craint le moment où je devrais donner plus d’attention à Sofia qu’à Victoria, puisque je connais très bien leur caractère. Ça me brise vraiment le coeur. J’aimerais pouvoir me séparer en deux parties bien égales et leur donner chacune 100% de ces deux parties…

I know that you will have to fall, I can’t hide you from it all but, take the best of what I’ve got and you know, no matter what, before you walk away, you know you can run back to my arms and they will hold you down.

::. Run – P!nk

Kélyna

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J’ai été très touchée lorsque Julie, maman de trois merveilleux enfants, m’a contactée pour me parler de la particularité d’une de ses deux filles. Je vous raconte son histoire :

Kélyna vient au monde au mois de novembre 2009 avec la santé que tous les parents souhaitent pour leur enfant. Ses petits cheveux et ses joues roses suffisent pour que Julie tombe en Amour avec sa deuxième princesse.

Comme tous les enfants, Kélyna aime jouer, rire et courir partout. Elle est magnifique et, à l’approche de ses deux ans, ses cheveux sont assez longs pour qu’elle puisse avoir de petites couettes.

À la fin de l’été 2011, à 22 mois, Kélyna se met à avoir de la difficulté à marcher. Elle s’accroche partout et tombe sans raison apparente. À première vue, Julie la croit simplement fatiguée. Le lendemain, même après une bonne nuit de sommeil, Kélyna a peine à rester debout…

C’est au CHU Ste-Justine que le premier diagnostic est prononcé : Kélyna souffre d’ataxie cérébelleuse aiguë d’origine virale. Il n’y a rien à faire. Rien, à part attendre.

S’en suivent des semaines et des mois de montagnes russes. Un jour, Kélyna semble rétablit ; le lendemain, elle ne réussit pas à faire trois pas sans tomber. À son grand manque d’équilibre, s’ajoutent des tremblements, du nystagmus (un mouvement d’oscillation involontaire et saccadé des yeux), ainsi que de l’oscillation au haut du corps. Kélyna semble régresser et Julie ne voit pas de lumière au bout de ce tunnel infernal. Lorsqu’elle reçoit un appel d’un de ses proches, elle tente de rester forte au bout du fil, puis fond en larmes en raccrochant le téléphone. Son enfant, sa princesse, sa petite beauté est en train de devenir handicapée devant ses yeux et elle ne peut rien y faire.

Kélyna revoit les neurologues du CHU Ste-Justine plus d’un an après le début de la descente aux enfers. Ils posent un nouveau diagnostique : ataxie épisodique. Encore une fois, il n’y a rien à faire. Les médecins lui font passer plusieurs tests : visuels, auditifs, sanguins, etc. Tout semble ok. Toujours rien à faire.

18 mois après le début de cet épisode, la chiropraticienne du père de Julie les réfère à un collègue spécialisé en neurologie. Rien à faire alors, rien à perdre : Julie décide de le consulter et voit en lui un dernier espoir pour sa petite perle.

Après trente minutes de consultation, Dr. Freud annonce à Julie que l’ataxie de Kélyna est dû au gluten. Aussi simple que ça? Bien que sceptique, Julie décide tout de même d’éliminer drastiquement le gluten de l’alimentation de sa fille…

Kélyna a eu cinq ans au mois de novembre. Elle marche comme tous les enfants de son âge, elle court, rit et fait même du vélo à l’aide de petites roues supplémentaires. Elle commence aussi à dessiner des bonhommes…

N’eut été du Dr. Freud et de la persévérance de Julie, Kélyna serait lourdement handicapée à ce jour. Tout ça, dû à son alimentation… On dit souvent que ce sont les enfants qui choisissent leurs parents. Kélyna a fait le bon choix : elle a choisit une maman qui n’abandonnerait jamais, une maman qui ferait tout pour la garder vivante.

Prenez deux minutes de votre journée glaciale pour aller regarder la vidéo réalisée par Julie. Vous y verrez la dégradation, ainsi que l’ascension de Kélyna. C’est très troublant mais, aussi très encourageant.

Merci de ta confiance, Julie.

L’ange Hélène

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Vous aurez probablement remarqué que j’ai été plutôt discrète, voir même absente, depuis mercredi. Bien que j’aie plusieurs sujets qui ne demandent qu’à être élaborés et expliqués sur une page blanche, je suis pourtant bloquée depuis jeudi soir. J’ai l’impression que je ne serai pas en mesure d’écrire quoi que ce soit tant que je n’aurai pas écrit ce qui suit…

Jeudi matin, je suis allée reconduire mes filles à leur garderie pour me permettre d’envoyer mon manuscrit en édition. J’avais tellement hâte de vous annoncer que c’était finalement fait!

À 13h15, j’étais debout au comptoir de la cuisine, incapable de rester assise tellement j’étais excitée! J’avais déjà deux copies d’envoyées. Puis, mon téléphone a sonné. Quand on a un enfant allergique à tout énormément d’aliments, voir le numéro du CPE apparaître sur l’afficheur déclenche toujours un léger stress. Avant-hier, j’ai eu raison de stresser…

Le visage à Sofia était devenu rouge après le dîner. Son ange éducatrice, Hélène, ne l’a donc plus lâchée du regard. En voulant la coucher, à l’heure de la sieste, elle a remarqué que mon bébé se grattait l’intérieur de la bouche. Elle l’a amenée avec elle, dans un bureau à part afin de l’observer attentivement. Avec ma permission, elle lui a administré de l’antihistaminique.

Hélène m’a rappelée quelques minutes plus tard : Sofia tentait de se gratter le fond de la gorge avec des objets, en plus de jouer avec ses oreilles sans cesse. Il fallait sûrement lui injecter une dose d’épinéphrine. Pourtant toujours dans le doute, je lui ai dit d’appeler Info-Santé avant et de ne pas hésiter à la piquer s’il le fallait…

En attendant son appel, je suis allée dans ma chambre, regarder par la fenêtre. Je ne sais même pas s’il faisait soleil ou s’il neigeait. Je regardais sans voir. Je ne faisais que penser à mon bébé…

À 14h01, Hélène m’a appelée pour me dire qu’elle venait d’injecter la dose d’épinéphrine à Sofia et que le propriétaire de la garderie avait appelé l’ambulance…

L’ambulancier, les deux médecins que nous avons consultés à l’hôpital, ainsi que les deux infirmiers m’ont confirmé qu’il fallait absolument la piquer et que ça avait certainement été fait juste à temps. En jouant avec ses oreilles, Sofia essayait de les déboucher ; l’air commençait à avoir de la difficulté à circuler…

La nuit qui a suivi cet épisode a été blanche, vous me croirez bien. Je l’ai déjà mentionné auparavant (cliquez ici), Sofia a toujours su me faire peur. Mais, jeudi, ça a atteint des sommets.

Hier, j’ai pris le temps d’aller à la garderie, voir l’ange Hélène et pleurer dans ses bras. Durant toute la nuit qui venait de passer, j’avais eu le temps de réfléchir et de comprendre certaines choses… Si Hélène n’avait pas été plus attentionnée qu’il le faut, si elle n’avait pas remarqué que Sofia avait commencé à se gratter la gorge en la couchant, j’aurais probablement, même certainement, perdu mon bébé durant son sommeil ce jour-là…

On sous-estime parfois le travail des éducatrices. C’est dans des moments comme celui-ci, qu’on se rend compte qu’elles ne font pas seulement que garder nos enfants. Elles leur sauvent la vie, des fois…

J’ai vraiment compris, avant-hier, qu’on ne connait pas la peur tant qu’on n’a pas d’enfants.

Je vous souhaite tous, un jour ou l’autre, d’avoir, à vos côtés, votre propre ange Hélène.

La force d’un lien

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Ça fait quand même deux ans et des poussières, que je ne suis plus enceinte de ma princesse Sofia, ainsi que trois ans et deux mois que je ne porte plus ma reine Victoria. Je reste tout de même fascinée par le lien qu’une mère peut créer avec son enfant en l’ayant en elle et l’influence qu’elle peut avoir sur lui/elle.

Je parle, bien entendu, par expérience…

Lors de ma première grossesse, j’ai dû arrêter de travailler durant un mois au début du deuxième trimestre (donc entre quatre et cinq mois). Je trouvais souvent le temps long, mais j’aimais me réfugier dans un bon film. Corpse Bride revenait régulièrement à l’affiche, dans mon salon. Durant ce mois, je l’ai probablement regardé plus de dix fois. J’avais toujours envie de le voir et je ne m’en lassais pas. Pendant le solo de piano de Victor, au début, je fermais mes yeux pour profiter pleinement de cette belle musique.

(Regardez la vidéo de cette scène sur YouTube. Qu’on aime le piano ou non, c’est merveilleux : https://www.youtube.com/watch?v=yOCZ5K1vxCQ)

À 20 semaines, j’ai appris que j’avais une petite fille en moi. Ce fût immédiat : elle allait s’appeler Victoria, comme dans Corpse Bride.

Ma folie pour mon film macabre s’est estompée puis, alors que Victoria avait quatorze mois, que nous étions seules à la maison et qu’il faisait bien trop froid dehors pour aller jouer, j’ai fait jouer mon film. Dans son pyjama à pattes jaunes avec des singes, ma petite reine a écouté ce film au complet pour la première fois sans bouger une seule seconde.

Au fil du temps, bien que je n’aime pas qu’elle regarde trop la télévision, ce qui était autrefois mon film est devenu son film. Quand je veux lui faire plaisir ou que je veux avoir un peu de tranquillité, je fais jouer Corpse Bride. Elle l’appelle « mon film avec le piano ». Sa soeur l’appelle « le film à ma soeur ». Je ne sais pas si ce sont les images, les couleurs, la musique ou les chansons, mais elle est absolument obnubilée. En plus, elle est très contente de savoir qu’une belle madame s’appelle Victoria, comme elle. Ce que j’aime le plus dans toute cette coïncidence, c’est qu’elle est d’elle même tombé en amour avec ce chef d’oeuvre de Tim Burton. J’aurais pensé qu’elle aurait eu le coup de foudre pour Le roi lion ou La petite sirène, bien avant un film dans lequel un homme épouse une femme morte.

Mais, vous savez le plus beau là-dedans? C’est que lorsqu’elle est devant son film et que le fameux solo de piano commence, tout semble disparaître autour d’elle. Je la sens transportée par chaque note.

Même que, parfois, pendant cette minute et demie, je la vois fermer les yeux et s’abandonner au son de la musique…