Quand le mot routine prend un tout autre sens

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Une des citations les plus populaires de Van Gogh est :

« La normalité est une route asphaltée : confortable pour y marcher, mais aucune fleur ne peut y pousser. »

J’aime tellement cette citation, je la trouve vraie. Elle s’adapte parfaitement à toute situation.

Avant d’avoir des enfants, je l’aimais parce qu’elle représentait la liberté. Je voyais la routine comme un ennemi. Je me plaisais à sortir de l’ordinaire en visant toujours plus haut ou plus loin.

Mais, lorsque les enfants arrivent, ça change tout, même la signification de la citation de Van Gogh. Au début, c’est plus que difficile d’y croire. La routine devient effectivement notre pire ennemi : on a de la difficulté à apprécier les levers, les repas et les dodos, tous plus routiniers les uns que les autres. En regardant les autres parents, qui semblent apprécier ces moments, on se demande si un jour nous les apprécierons à notre tour.

Il y a toujours un élément déclencheur, un point tournant, alors qu’on se rend compte que cette normalité peut devenir une routine appréciée par les parents autant que par les enfants. C’est ce qui est bien des enfants, justement : ils voient toujours le positif dans chaque situation, un atout qu’on perd malheureusement trop souvent en vieillissant…

Cet élément déclencheur, ce peut être le retour au travail, l’arrivée d’un autre enfant, le développement du langage, le temps des fêtes… À partir de ce moment, on passe dans le clan des parents qui apprécient leur routine quotidienne avec leur(s) enfant(s). Par la suite, alors qu’on regarde en arrière, on se rend compte du chemin parcouru, on se rend compte que notre pire ennemi est devenu notre meilleur ami, que la routine mortelle est devenue celle qui nous fait vibrer, celle qui nous fait vivre, celle pour laquelle nous nous levons à chaque matin.

Savoir apprécier les petits moments normaux, ça s’apprend. C’est un apprentissage difficile et il faut savoir « piler sur notre orgueil » de parent. Puisque malgré la fatigue et la nouvelle vie qui s’entame, il faut savoir être à l’écoute de ceux qui bâtissent notre routine et voir, grâce à eux, le beau côté de la chose : les souvenirs créés.

Si on continue de voir cette routine comme une normalité dite « asphaltée », il n’y aura jamais rien qui y poussera, effectivement. C’est lorsque cette routine devient notre bonheur quotidien, que les fleurs commencent à y pousser…

Dany

 

Merci à Dany Samuel pour l’inspiration, ainsi que pour cette merveilleuse photo de son bonheur quotidien.

La valeur d’une fête

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Peut-être que Noël ne vient pas d’un magasin. Peut-être qu’au fond, Noël vient d’un peu plus loin!

Une des choses que j’aime le plus du Québec est certainement le fait que nous fêtons Noël pendant une semaine entière… Puis, le jour de l’an, pendant la semaine entière suivant celle de Noël.

J’adopte à 100% l’idée de voir tous les gens que nous aimons durant ces deux grosses semaines. Cuisiner en se prenant pour Ricardo d’un jour et décorer en se prenant pour Martha Stewart : donner tout ce qu’on a pour se faire plaisir tout en faisant plaisir à notre entourage. J’aime profondément le principe de passer des heures à une table pour échanger (de la nourriture, des conversations ou des cadeaux parfois) avec des gens dont on s’est ennuyés.

Maintenant que mes filles sont plus vieilles (du haut de leur terrible two et de leur totally three), je peux enfin leur faire vivre à leur tour la magie du temps des fêtes. En traçant des pas dans le salon à l’aide de grosses bottes et de farine, je leur fais croire que le père Noël a laissé de la neige sur son passage. En leur faisant quelques tours coquins, je leur fais croire qu’un lutin malin s’est échappé du Pôle Nord pour venir chez nous. En élaborant un calendrier de l’Avent de 24 activités liées à Noël, je les rends fébriles à l’idée du magnifique temps des fêtes.

Je leur en ai certainement appris un peu cette année. Mais, comme à chaque étape de la vie, ce sont elles qui ont fini par m’en apprendre le plus… Contrairement aux années précédentes, cette année, nous n’avons pas souffert de la fièvre de la surconsommation qu’apporte souvent le temps des fêtes. Les bas de Noël de mes princesses étaient vides à deux jours de l’arrivée de Santa Claus, je les ai donc remplis avec des jouets qu’elles avaient déjà. Mon bébé, ayant une certaine dépendance aux bananes, a eu droit à un régime de bananes enveloppé, alors que ma grande, à la dent sucrée, a eu droit à quelques biscuits aussi enveloppés.

Au cours des derniers jours, mes lionceaux ont d’autant plus eu droit à de beaux moments en famille.

C’est en couchant ma grande, plus tôt ce soir, que j’ai réellement compris le sens de Noël… Puisqu’au fond, pour bien des gens, la priorité, durant le temps des fêtes, c’est d’acheter du temps perdu avec des trucs qui tomberont dans l’oublie. Pour d’autres, c’est  d’échanger leur absence contre une quelconque bien matériel.

Depuis qu’elles ont déballé leurs cadeaux, le 25 au matin, mes filles ne m’en ont pratiquement pas parlé. Elles ont passé leur temps à me parler de leur parrain, leurs grands-parents, leur marraine, leur cousine et leur cousin… Elles n’ont pas arrêté, pas une minute.

Avant de s’endormir  aujourd’hui, Victoria m’a demandé si elle reverrait sa cousine demain matin aussi, si elle allait pouvoir regarder Frozen avec elle pour la 12 000è fois, si elle allait pouvoir faire des casses-têtes avec elle encore…

Pas un mot concernant le père Noël, pas un mot concernant les cadeaux, les biscuits, les bananes ou autres…

Peut-être que Noël ne vient pas de si loin finalement… Peut-être qu’il vient simplement du coeur, des vraies valeurs…

 

 

Au-dessus des nuages ou au-dessus de ses peurs

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J’ai toujours aimé prendre l’avion. J’ai toujours aimé le feeling qu’on a lorsque l’avion décolle, comme si on devenait aussi léger qu’une plume tout d’un coup. J’ai toujours aimé le son des hélices, le fait que dans les airs, nous sommes au-dessus de tout, même du temps. J’ai toujours aimé la vue qu’on a d’un avion, spécialement de nuit.

Montréal est une ville magnifique. Du haut des airs, c’est la plus belle au monde, juré. J’ai toujours aimé le son des freins qui crispent sur la piste d’atterrissage et le fait que je n’ai rien d’autre à faire que de remplir des pages blanches de mots qui hantent mes pensées.

J’ai toujours aimé prendre l’avion. Mon frère, mon meilleur ami, est pilote. Je connais le domaine et j’ai une confiance extrême en ces gens qui nous amènent où bon nous semble.

J’ai toujours aimé prendre l’avion… Jusqu’à aujourd’hui.

La vue est toujours aussi belle, nous sommes toujours aussi légers, j’ai encore confiance en la majorité des pilotes de ce monde. Ce qui change aujourd’hui, c’est que c’est mon premier vol en 5 ans. Il y a 5 ans, je décollais et je ne laissais rien derrière. Je volais au dessus des villes et des océans avec tout ce dont j’avais de besoin dans ma valise.

Aujourd’hui, je survole les nuages en laissant deux énormes parties de moi au sol. Ces parties dorment encore à cette heure. Elles sont emmitouflées dans leurs doudous, elles rêvent de Disney et de verres remplis de lait chaud. Elles n’ont aucune idée de ce qu’elles me font. Elles ne savent rien du fait que j’ai désormais peur de mourir. En fait, c’est faux. Je n’ai pas peur de mourir, on mourra tous un jour. J’ai peur de ne plus les voir. Ces deux parties, elles ont changé ma vie lors de leur entrée dans celle-ci. Elles n’en ont aucune idée. Je n’ai jamais eu peur de quoique ce soit, je n’ai jamais craint quoique ce soit… Jusqu’à ce qu’elles arrivent dans ma vie, jusqu’à ce qu’elles deviennent ma raison de vivre…

 

Saku

Saku

Dans mes premiers souvenirs des Canadiens de Montréal, c’est Vincent Damphousse qui portait le C. Ceux qui me connaissent bien savent que Vincent Damphousse est mon idole. D’ailleurs, j’ai perdu mes moyens une seule fois dans ma vie : lorsque je l’ai rencontré.

J’ai adulé Damphousse et j’ai encore une très haute estime de lui à ce jour, 10 ans après sa retraite. Par contre, Damphousse, ce n’est pas Saku. Saku, c’est le capitaine d’une génération entière. Entendons-nous, mise à part monsieur Béliveau, il n’y a pas un capitaine à Montréal qui a tenu le coup aussi longtemps que Saku.

J’ai eu le privilège de le rencontrer à quelques reprises. J’adorais sa façon d’être si proche des gens, de se mettre au niveau de tous et de prendre son temps. Saku a rapidement compris l’importance du C sur un gilet du Canadien de Montréal. Il a rapidement compris que ce C allait le suivre sur la glace comme à l’extérieur, avec les joueurs comme avec les fans, au Centre Bell comme à l’épicerie.

Lorsque le CHC a annoncé qu’il honorerait l’ancien capitaine, j’étais comblée de joie à l’idée qu’on remette à Saku ce qui revient à Saku : la dignité.

Je me souviens de son retour après son combat contre le cancer, le soir du 9 avril 2002. Je m’en souviens comme si c’était hier : j’avais une toute petite télévision dans ma chambre. J’étais debout devant cette dernière et j’applaudissais, les yeux remplis d’eau. J’ai applaudi aussi longtemps que tout le monde puisque dans ma tête, j’étais là, avec tout le monde.

Je me souviens aussi très bien de ce match contre la Caroline, le soir du 26 avril 2006, alors qu’il a failli y laisser son oeil gauche : j’y étais. Du haut des gradins, je n’étais pas certaine que ce soit Saku. Une douche d’eau glaciale a inondé le Centre Bell, ce soir-là, lorsque le numéro 11 a quitté la patinoire pour se rendre à l’hôpital. Pour une seconde fois, le Québec en entier a eu peur de perdre son capitaine.

Je me souviens de son départ de Montréal. On venait d’en perdre un bon, on venait d’en perdre un vrai. C’est ce qu’il était, Saku : il était vrai. Je me suis dit, à ce moment-là, qu’on venait de le perdre, notre capitaine, et j’avais le coeur brisé… Ça a fait tellement mal.

Hier soir, en voyant une autre ovation digne de qui il est, j’ai compris qu’on ne l’avait jamais perdu au fond, notre capitaine. Il est encore capitaine dans le coeur de l’organisation du CHC, il est encore capitaine dans le coeur d’une génération entière, il est encore capitaine dans le coeur de ses coéquipiers. On ne le perdra jamais au fond, notre Kapitaine. 

Merci, Saku.

Victoria – 3 ans

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Ça y est, c’est aujourd’hui que tu quittes vraiment le monde des bébés pour entrer dans le monde des enfants. Ça a passé vite, non? Les 3 dernières années ont disparues en l’instant d’un clin d’œil, qui fait aujourd’hui couler des larmes sur mes joues. En fait, ces larmes coulent dès que je me mets à penser à toi. Si tu savais comme je suis fière de la personne que tu es. Tu es merveilleuse et tu deviens de plus en plus merveilleuse à chaque jour. En l’espace d’un clin d’œil, tu t’es mise à marcher, à parler, à sauter, à aller seule aux toilettes, à aimer, à découvrir par toi-même… 


Je suis fière de la personne dont je suis devenue grâce à toi. Si tu savais à quel point tu m’as changée pour le mieux. Quand je te vois me sauter au cou en arrivant le soir, quand tu t’obstines avec ta sœur à savoir je suis la maman exclusive à qui, quand je te serre contre moi avant le dodo et que tu me chuchote « I love you maman », je me dis que je dois faire un très bon travail de maman. 

Des fois, je ne trouve pas les mots pour exprimer ce que tu me fais, à quel point tu me changes, et jusqu’où j’irais pour toi. Marc Dupré l’exprime bien en disant « Comment je te dirais, sans que mes yeux s’inondent, que tu es le début depuis la fin du monde. »

Happy 3rd trip around the sun, ma grande fille.

Merci de m’avoir choisie comme maman, merci de me donner la meilleure des raisons de me lever à chaque matin : toi.

« Although a tear may be ever so near, that’s the time you must keep on trying. Smile, what’s the use of crying? You’ll find that life is still worthwhile if you just smile. »

-Charles Chaplin